Jacques Birol et Daniel Zumino : « Laissez les entrepreneurs innover en paix ! »

« Les créateurs d’entreprises innovantes ont besoin de confiance et de patience », clament en chœur Daniel Zumino (H.67) et Jacques Birol (H.74), membres du bureau du pôle Entreprendre de l’Association HEC.

Voici des extraits de l’interview décapante de deux « coentrepreneurs », publiée par la revue Hommes et Commerce (numéro de février-mars 2010).

Jacques Birol :  Il y a de bonnes idées et d’excellents entrepreneurs d’envergure mondiale en France. Prenez Viadeo, le réseau social professionnel cofondé en 2004 par Dan Serfaty (H.87). Avec ses 25 millions d’utilisateurs – des Européens, mais aussi des Chinois, des Indiens, des Sud-Américains… – il se hisse au niveau de LinkedIn, son concurrent américain. Meetic et son concurrent US se partagent le monde, ensemble.
Actuellement, des jeunes entreprises françaises spécialistes des écrans tactiles créent une nouvelle référence mondiale : la french touch. Oui, on peut conquérir le monde depuis la France.

Daniel Zumino :  La force des États-Unis, c’est un état d’esprit positif face à l’entrepreneuriat, la prise de risque, l’innovation. En France, un investisseur va renâcler à financer un inventeur parce que « ce n’est pas un entrepreneur ». Aux États- Unis, l’investisseur se dira : « Quel entrepreneur pourrait l’aider ? » Les investisseurs ont mieux compris qu’ils devaient être des coentrepreneurs. Et la « Vallée » est un écosystème particulièrement propice aux innovations à fort potentiel. Mais, s’il y a beaucoup d’argent, les projets sont aussi plus nombreux, et l’accès au financement n’est pas toujours plus facile. Il y avait cent projets comparables à MySpace et Facebook sur la ligne de départ !

QUID DU RÔLE DE L’ÉTAT ?
Daniel Zumino  : Aux US, même si les soutiens financiers aux nouvelles entreprises existent (Chapter S, SBIC, etc.), il n’y a pas d’aides directes à l’innovation. En France, il existe près de 6000 « guichets » où un entrepreneur peut obtenir une aide publique ! Malheureusement, la plupart d’entre eux ne comprennent pas l’innovation et découragent les meilleurs entrepreneurs !

QUELLES SONT DONC LES CLÉS DE L’EFFICACITÉ DU SOUTIEN À L’INNOVATION ?
Jacques Birol  : La patience et la tolérance à l’incertitude. En matière d’innovation, la réussite demande du temps. Avec Daniel, nous avons soutenu en 2006 Tiki Labs, une start-up développant des interfaces innovantes. Ce n’est qu’en 2010, quatre ans après, que nous commençons à percevoir les premiers fruits de notre engagement.

Daniel Zumino :  L’innovation ne réalise son potentiel que si on ne lui applique pas les normes de gestion des activités matures. Je détournerais donc le « si vis pacem, para bellum» en « si tu veux gagner la guerre de l’innovation, aide les entrepreneurs à innover en paix ! ».

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6 commentaire(s)

  1. Je partage bien sûr les points de vue de Jacques Birol et Daniel Zumino. J’ai peut-être envie d’ajouter une petite note à l’idée « Oui, on peut conquérir le monde depuis la France. » C’est vrai, mais on peut tout aussi bien dire qu’ »on peut conquérir le monde de n’importe où dans le monde à partir du moment où on a une idée qui peut intéresser le reste du monde. » Pour intéresser un marché global, il faut se dégager de tout ethno-centrisme particulier. Pas toujours facile, et l’une des difficultés des entrepreneurs qui veulent exporter ou réussir dans des pays autres que leur pays d’origine est d’identifier et dépasser leurs idiosyncrasies culturelles.

  2. birol

    absolument.
    c’est d’autant plus vrai que plus que jamais chinois, indiens, et brésiliens mettent le futur en perspective de façon radicalement différente de nous, européens voire américains . Ni agressifs, ni revanchards , ni supérieurs : simplement sereinement globaux.

  3. Je suis tout à fait d’accord avec vos remarques tant qu’à la prise en compte des autres cultures et autres façons de voir pour s’exporter sagement et efficacement à l’étranger, tout comme de laisser le temps au temps pour permettre aux innovations de prendre et de se réaliser. Deux éléments clefs selon moi pour réussir chez soi et en dehors de chez soi.

    Mais j’ai une interrogation en ce qui concerne l’innovation. Elle est généralement vue et financée dans la hightech ou l’informatique, mais me semble l’être beaucoup plus rarement (si elle l’est) dans les autres métiers et secteurs.
    Que pourriez-vous dire sur le sujet ? Confronté à cette difficulté pour notre jeune organisme de formation, je me pose la question.

  4. jacques birol

    Aides-toi, et le ciel t’aidera !
    Malheureusement le marketing n’est pas encore considéré comme de la recherche et du développement, alors que dans la réalité des faits ils en sont une partie essentielle. Le retour du client ne s’appelle-t-il pas aussi retour d’expérience ?

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