Drôle de foire

La foire du livre de Francfort, où s’échangent les droits entre éditeurs, est une grande fête annuelle : coups de coeur des chercheurs de pépites que nous sommes tous, rumeurs, grandes annonces, retrouvailles. Des liens d’amitié se sont tissés au fil des années.

Drôle de foire cependant, cette année : c’est comme si soudain tout était feutré et marchait au ralenti. Allons-nous tous basculer dans un énorme chaos ?

Mercredi : réunion des alumni de l’emblématique Stanford Publishing Course où des générations d’éditeurs du monde entier ont trouvé énergie, inspiration et réseau d’affinités. La crise a bouleversé le marché américain de l’édition, mais aussi touché  les plus prestigieuses universités américaines, dont Stanford. Le SPPC cherche une solution pour poursuivre son action : l’une des pistes envisagées serait un financement par Google ou Amazon, ce qui reviendrait, en somme, à adouber deux géants non issus du sérail.

Et ce sont bien Google et Amazon qui font l’actualité ici, à Francfort, dans le temple du livre : Google a annoncé le lancement d’une librairie numérique, Google Edition, alors qu’Amazon lance lundi le Kindle en France, avec une offre de livres à 9,90 dollars. Le prix unique du livre*, oui, mais à la manière d’Amazon. C’est lui qui fixe désormais les prix de vente pour sa plateforme numérique, comme il a imposé en pratique, malgré les procédures en cours en France, la gratuité du port (alors que les frais de transport vers ses entrepôts pèsent sur les éditeurs), et le taux de remise aux éditeurs, contrairement à tous les usages de la profession. A prendre ou à laisser. Mais laisser, c’est se condamner, car désormais les commandes de livres sont faites en ligne, de plus en plus et cela évolue chaque mois.

Ainsi que l’écrit Seth Godin à propos de l’effondrement de l’industrie de la musique :  » Les temps changent. » Les règles, les usages professionnels sont pulvérisés par les géants. L »industrie » du livre doit réinventer de nouveaux modes de fonctionnement.

* On rappelle que le prix unique du livre, prôné par des éditeurs engagés pour défendre la librairie indépendante et instauré en France par la loi Lang permet d’éviter que les libraires ne subissent les conséquences désastreuses d’éventuels rabais massifs des grandes chaines. Le prix de vente au lecteur est, lui, fixé par l’éditeur, le discount maximal autorisé étant de 5%.

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