Les jeudis de l’Australie : chez Kakulas Brothers, on croit en la valeur travail et ça marche

L’Australie est devenue une porte de secours pour la Grèce qui court à la catastrophe économique. Cette semaine, Evan Kakulas ira chercher l’ambassadeur hellène à l’aéroport de Perth, venu inaugurer une nouvelle association qui vise à rassembler les Australiens et les Grecs, présents à raison de 800 000 sur le territoire australien.

Cet ami de la diplomatie grecque gère la plus ancienne épicerie continentale de Perth (West Australia) et la plus populaire, ainsi qu’un commerce d’électroménager. Dimanche dernier, cet Australien originaire de l’île de Rhodos m’a invitée à jouer du piano dans sa somptueuse maison avec jacuzzi à Belmont, une banlieue chic face à la rivière Swan. Il adore nourrir les cygnes noirs, le symbole de l’État du West Australia, lorsqu’ils viennent au bord de l’eau. Une limousine dort dans son garage à côté de sa Volkswagen avec fauteuils chauffants. L’an dernier, avec sa seule épicerie, Evan Kakulas a encaissé
426 000 $ et prévoit un chiffre d’affaires de 25 % supérieur en 2013. Aujourd’hui, il songe à ouvrir une fondation pour aider les Africains. « À Athènes, les gens volent et tuent. On voit de la corruption partout, les gens sont envieux et jaloux. C’est la catastrophe. Je ne veux pas réinjecter mon argent là-dedans », confie-t-il en rougissant.

Dans sa boutique, le terme d’épicerie, qui au Moyen-Age distinguait des autres magasins spécialisés les lieux où l’on vendait des épices, reprend tout son sens. Dans le quartier très animé de Northbridge, se niche Kakulas Brothers, une véritable cave d’Ali Baba : des bacs affriandant d’amandes de Californie, olives grecques, fêta australienne, curry d’Égypte, des sacs de café de Colombie, pâtes chinoises et lukums turcs se remplissent et se désemplissent sept jours sur sept parmi des milliers de produits différents au rythme où entrent et sortent des centaines de clients du monde entier.

Donner et penser positif

« Donne et tu recevras en retour. N’attends pas de recevoir d’abord. Pense positif. Prends du plaisir à travailler. Si tu penses que quelque chose de mauvais va t’arriver, une tuile te tombera dessus. » Evan ne pense pas aux requins quand il part nager dans l’océan indien. Dans son bureau étriqué, planqué au fond du commerce qui embaume les parfums du monde entier, le timide épicier professe sa philosophie tous les jours, à son harem d’employées de toutes les nationalités en partageant avec elles des plateaux de fruits et légumes grecs frais.

Il renouvelle son staff féminin très régulièrement avec des va-et-vient de backpackers qu’il paie 17,5$ de l’heure en semaine, privilégiant la bonté d’âme au savoir-faire. « J’embauche des gens que j’ai envie de voir la journée, avec du coeur, une volonté d’aider l’autre. C’est mon critère numéro un. Souvent je demande à ceux qui veulent travailler ici s’ils ont fait du volontariat ou de l’humanitaire… »

Du gingembre à l’épicier, en passant par l’avocat…

« Régulièrement, les clients viennent me voir et me racontent qu’ils se promenaient dans mon épicerie quand ils étaient enfants. Alors je leur demande ce qu’ils veulent boire… » Son grand-père grec a émigré de la Méditerranée à Perth en 1923. Il était vendeur à Fremantle. « À l’époque, la Gingerbeer était très en vogue. Comme il était apprécié, son patron lui a offert son magasin de Gingerbeer en 1929 à Northbridge, parce qu’une église orthodoxe était toute proche, raconte Evan. Dans les années 90, je travaillais en tant qu’avocat quand ma famille a voulu vendre le magasin. Contre le gré de mon grand-père qui voulait que je poursuive ma carrière, j’ai abandonné mes plaidoiries et j’ai repris le magasin en le louant à ses oncles à moitié prix. Je l’ai agrandi au quintuple, j’ai abattu les murs. Depuis, je ne cesse d’innover. »  À l’ordre du jour, du pain maison devrait donner une french touch au magasin prochainement…

Ce père de deux grandes filles croit en la valeur travail. « Si on engrange de plus en plus de bénéfices, c’est sans doute parce qu’on ouvre le dimanche maintenant. C’est toujours plein à craquer ce jour-là… » S’il refuse de donner son âge, il affirme en revanche qu’il voudrait travailler jusqu’à son dernier souffle. Et à ceux qui envieraient son train de vie, il a une recommandation :  « Créer son propre business, c’est la seule façon de s’enrichir. »

Nom de la société : Kakulas Brothers
Ville : Perth (West Australia)
Secteur : épicerie
Chiffre d’affaires en 2012 : 425 000$
Chiffre d’affaires estimé pour 2013 : 540 000$
Effectif total : 10
Date de création : 1929
http://www.kakulasbros.com.au

Lilly Thomann, journaliste depuis 2009, titulaire d’une master en économie spécialité économétrie, en formation radio à l’université Murdoch de Perth.

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