Le travail en quête de sens, par Anaïs Bon

Et vous, pourquoi travaillez-vous ?

Dans son film soutenant l’initiative citoyenne européenne en faveur du revenu de base, le cinéaste allemand Enno Schmidt diffuse la statistique suivante : à la question « Si vous bénéficiez d’un revenu de base inconditionnel, est-ce que vous iriez encore travailler ? », 60 % des personnes interrogées répondent spontanément qu’elles continueraient à travailler exactement comme avant. 30% travailleraient mais différemment, et 10% commenceraient  par rattraper leurs heures de sommeil en retard et réfléchiraient après. Personnellement, ces 60% m’ont (agréablement) surprise :  plus de la moitié des personnes puiseraint donc dans leur activité professionnelle autre chose qu’un revenu, mais quoi ? Un statut ? Une place dans la société ? Un sentiment d’utilité ? Un lien aux autres ? Une forme avancée de divertissement pascalien, peut-être ?

L’argent, le bonheur et le reste

En décorrelant la question du travail de celle de sa contrepartie financière, la proposition d’un revenu de base permet de poser la question du pourquoi. Pourquoi travaillons-nous ? En termes de motivation, l’argent est assurément l’arbre qui cache la forêt (voir à ce propos l’excellente conférence de Dan Pink). Dans le classement des dix métiers qui rendent le plus heureux, publié par le magazine Forbes à partir d’une étude de l’Université de Chicago, on trouve une proportion écrasante de métiers peu rémunérateurs, mais probablement riches de sens pour ceux qui les exercent, tels que prêtre, enseignant ou sculpteur. Evidemment, ce qui est pour l’un porteur de sens peut sembler à l’autre parfaitement futile et vain.

Néanmoins, l’examen de cette liste permet de dégager deux pistes principales permettant de trouver du sens à son travail. La première est le fait d’aider directement autrui (pour les pompiers, les psychologues et les éducateurs spécialisés). Elle répond au 3ème et au 4ème étage de la pyramide de Maslow : le besoin d’appartenance et  celui de reconnaissance. La seconde piste, qui serait plutôt celle des artistes, relève du cinquième étage, celui de la réalisation de soi : c’est le fait de s’affirmer de manière personnelle et autonome.

Se relier aux autres et à soi

Bien sûr, tout le monde ne peut pas être pompier, thérapeute ou écrivain. Mais tout le monde peut se poser dans son quotidien professionnel la question du sens, et chercher des moyens de se relier davantage aux autres et à soi. Pour un entrepreneur, la question du sens de ses efforts se pose forcément : la prise de risque, les sacrifices, la dépense d’énergie trouvent leur compensation dans l’autonomie et l’affirmation de soi, mais cela ne suffit pas toujours.

Le travail a pu jadis constituer une valeur en soi, et le sentiment de « faire sa part » une réponse suffisante à la question du sens à l’échelle individuelle et collective. Mais peut-être l’activité humaine s’est-elle trop aventurée du côté de l’inutile pour ressembler encore à une contribution au bien commun. Sans doute s’est-elle trop complexifiée, et a-t-elle rompu la cohérence des causes et des effets. La pertinence de l’action de chacun se perd trop souvent dans les rouages bureaucratiques. Le système touche ses limites ; c’est le moment d’être inventif.

Le travail à la croisée des chemins

L’économie est en crise, dit-on. Face à une situation de crise, on peut céder à la panique. On peut se raccrocher à ce que l’on connait et compter sur les recettes éprouvées. On peut aussi voir dans les fissures des vieux paradigmes une opportunité formidable d’inventer un monde nouveau, de nouvelles manières de faire et d’être. Une crise, si l’on en revient à l’étymologie grecque, c’est une limite, un point de séparation, de décision. Nous sommes les enfants d’un monde borderline, à la croisée des chemins. Peut-être sommes-nous aussi au seuil de l’invention d’une nouvelle valeur travail, de la conquête du droit à un travail porteur de sens ?

Je ne crois pas beaucoup aux grandes réponses collectives à la question du sens. En revanche, je crois la somme des réponses individuelles capable de changer le visage du monde. Je crois aussi au pouvoir de l’inspiration et de l’exemple. Je vous propose donc de m’accompagner chaque semaine dans mon exploration des différentes manières, souvent créatives, innovantes, audacieuses, dont on peut aujourd’hui introduire dans son parcours professionnel la question du sens.

À jeudi prochain !

D’une double formation littéraire et ESSEC, Anaïs Bon a travaillé 6 ans dans le secteur bancaire avant de se lancer comme consultante et journaliste freelance. Dans ses autres vies, on la rencontre aussi poétesse et présidente d’une compagnie de théâtre.

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