Les lundis Y : Non, les hommes et les femmes ne sont pas différents face au monde du travail !

S’il y avait deux sujets dont je ne souhaitais pas parler ici c’étaient bien les femmes et l’entrepreneurait et les femmes et le leadership. Or deux actualités récentes – l’annonce du lancement prochain du plan de développement de l’entrepreneuriat au féminin et le dossier spécial de la Harvard Business Review sur les femmes et le leadership – me forcent à sortir de mon silence.

En effet, je me suis toujours méfiée de ces sujets/tendances lénifiant(e)s dans le style « Vers un management plus féminin » ou encore « Femme et entrepreneur, c’est possible ! » dans la mesure où ils établissent de facto une différence entre hommes et femmes et véhiculent, malgré leur bonne foi apparente, des siècles de préjugés sur les supposées valeurs féminines et sur le fait que certains métiers ne sont pas destinés aux femmes, ou, à défaut, ne leur sont pas facilement accessibles.

Prenons justement à titre d’exemple cet article paru dans le dossier spécial de la HBR cité plus haut dont le titre est particulièrement évocateur : « Feminine » values can give tomorow’s leaders an edge. Remarquons déjà la photo d’illustration : des petites fleurs blanches, toutes mignonnes, émergant d’un fond vert. Que vous évoquent ces fleurs ? De la délicatesse ? De la fragilité ? De la beauté ? De la pureté ? Autant de clichés sur la nature des femmes… Pourquoi dans ce cas ne pas illustrer des articles parlant des hommes au travail par des soldats, des armes, des grosses voitures ou que sais-je encore qui pourraient mettre en image leur force et leur détermination ? Pourquoi se sent-on obligé, dès lors qu’on parle des femmes et du féminin, d’avoir recours à des images exprimant la douceur et la fragilité ?

Intéressons-nous maintenant au corps du texte. Alors que l’auteur dénonce les propos du milliardaire Paul Tudor-Jones qui déclare que les femmes ne pourront jamais rivaliser avec les hommes en tant que traders car elles pensent constamment à leur bébé et ne peuvent donc pas se concentrer sur leur travail, il n’hésite pas à faire l’amalgame, un paragraphe plus loin, entre la femme et la mère comme si toute femme était forcément une mère. De même, c’est l’auteur lui-même qui a conduit l’étude présentée dans l’article et qui a demandé aux participants de qualifier de masculin ou de féminin les compétences désirées des leaders d’aujourd’hui. C’est donc l’auteur lui-même qui a introduit ici un clivage entre hommes et femmes même si son intention, certainement louable, est de montrer qu’il faut changer de système de leadership. Mais pourquoi celui-ci serait plus féminin ? Pourquoi pas plus humain tout simplement ?

Source : John Germeza, BAV Consulting, WPP Group PLC, 2012 - HBR.org

En ce qui concerne le plan lancé par le gouvernement pour le développement de l’entrepreneuriat au féminin, j’aurais de quoi m’en réjouir étant moi-même une femme et entrepreneur. Et pourtant, je reste persuadée que toute discrimination, même positive, est une discrimination. Dès lors que l’on continuera à distinguer les hommes des femmes, les femmes auront toujours à se battre pour trouver leur place et pour se rapprocher toujours plus du schéma dominant installé par les hommes depuis la nuit des temps. C’est parce que des initiatives comme le plan de développement de l’entrepreneuriat au féminin (ou HEC au féminin ou ESSEC au féminin ou ESCP au féminin) ou des articles comme « Feminine » values can give tomorow’s leaders an edge existent encore que nous pouvons affirmer que, malheureusement, la différence entre hommes et femmes existe toujours dans nos représentations sociales et que la route pour l’égalité – une égalité véritable où toute différence serait gommée – est encore très longue.

Aussi, jaimerais citer en conclusion de ce billet la réponse de ma collègue blogueuse Fashionchida à la lettre d’André Marcon parue la semaine dernière dans Les Echos. Et oui, nous avons encore du pain sur la planche pour faire changer les mentalités ! Mais, par bonheur, certaines personnes se sont déjà engagées dans cette voie et elles en font profiter la société.

Alors, je vous en prie, arrêtons de parler d’hommes et de femmes dans l’entrepreneuriat. Parlons simplement d’entrepreneuriat et innovons. Oui, innovons pour créer un monde plus intéressant et plus agréable à vivre.

Angélique

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4 commentaire(s)

  1. Bonjour Angélique !
    Je te confirme que nous avons bien une vision commune et je crois un gros agacement commun face à ces stéréotypes qui n’aident vraiment pas à oeuvrer pour « la bonne cause » (encore faudrait-il s’entendre sur qu’elle peut recouvrer).
    Je suis sidérée par l’article de HBR qui a le mérite d’offrir une image sans équivoque quant à la perception des femmes au travail, dans les affaires.
    Je te rejoins à 100% et tu le dis beaucoup plus nettement et clairement que moi, toute discrimination même positive n’est pas bonne à prendre, quand bien même elle part toujours d’une bonne intention, elle entérine et suppose une inégalité à la base et suppose un bénéficiaire pas assez fort, pas assez compétent et pas assez complet pour y arriver par lui-même.
    Oui, arrêtons de parler femme / homme et parlons entreprendre, cela déjà suffisamment compliqué comme cela, sans y ajouter en plus le poids de clichés.
    Une petite campagne de sensibilisation du type « la femme est un entrepreneur comme un autre » ne serait peut-être pas du luxe !
    Ravie en tout cas d’avoir découvert ton blog à cette occasion, je sens que je vais y trouver énormément d’infos et de grain à moudre !
    A bientôt

  2. BB

    Supposons que a l’occasion de la rentrée littéraire on nous pose la question : aimez-vous la littérature féminine ou bien la littérature masculine ? Il se peut que le sondage donnerait 57-43 pour cents pour la littérature féminine. Il faudrait encore que la « littérature féminine » existe. Que dire de l’entreprenariat féminin ?

    • Angelique Walter

      Bonjour BB,
      Oui, tout à fait, assigner un genre ou une éthnie (comme par exemple, dans le meilleur des cas, dans le cadre de la discrimination positive aux Etats-Unis) à un domaine, quel qu’il soit, est toujours questionnable voire dangereux car il établit une distinction entre deux groupes : les forts, qui s’en sortent tous seuls et les faibles, qu’il faut aider pour qu’ils atteignent le même niveau que les forts.
      Au plaisir de vous lire bientôt,
      Angélique

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