Le syndrome de la page blanche : extrait de « La supercherie d’Icare » de Seth Godin

 

Voici un extrait du dernier livre de Seth Godin pour tous ceux qui écrivent, les blogueurs, ainsi que tous ceux qui aimeraient ouvrir un blog mais n’osent pas se lancer.

« Le concept de « writer’s block » (blocage de l’écrivain, ou syndrome de la page blanche) a été inventé par le psychanalyste Edmund Bergler en 1947. Ce syndrome est ensuite devenu « endémique ».

Joan Acocella explique que l’angoisse de la page blanche est devenue plus forte que l’envie d’écrire à mesure que l’écriture gagnait en importance. Jusqu’au siècle dernier il n’était pas inhabituel que des auteurs comme Dickens écrivent plus d’une quarantaine d’ouvrages tout au long de leur carrière – tout en conservant un travail alimentaire. Il suffisait de s’asseoir, d’écrire et le tour était joué. Ensuite, pendant les années 1950, l’écriture est devenue de plus en plus prestigieuse. Écrire le prochain grand classique américain confinait de plus en plus au kamiwaza. On a commencé à boire et arrêté d’écrire. Il était plus facile de parler d’art que d’en faire.

C’est dans cette situation que nous nous trouvons aujourd’hui. Sauf que toutes les choses importantes que nous comptons faire comportent également de gros risques, pas seulement l’écriture, car elles vont à l’encontre du chemin d’obéissance et d’auto- flagellation que l’on a tracé pour nous. Tout ce qui compte vraiment s’apparente à l’écriture, car c’est de l’art.

L’angoisse de la « voix blanche »

Personne n’a jamais eu l’angoisse de la « voix blanche » : personne ne s’est jamais réveillé un matin pour se rendre compte qu’il n’avait rien à dire, ni n’est resté assis pendant des jours à attendre que sa muse apparaisse pour pouvoir se remettre à parler. Pourquoi alors l’angoisse de la page blanche est-elle si répandue ?

Si nous avons toujours quelque chose à dire, c’est parce que nous avons l’habitude de nous exprimer tout le temps, sur les sujets les plus stupides et pour dire des âneries. Il est si simple et éphémère de parler. Parler n’engage à rien. Nous parlons pour rien et finalement (mais pas toujours) nous finissons par parler pour dire quelque chose. Et si nous apprenons à mieux parler c’est justement en le faisant tout le temps. Nous comprenons ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas et, si nous sommes perspicaces, nous nous concentrons sur ce qui fonctionne. Avec autant d’entraînement, il est impossible de se retrouver face à l’angoisse de la voix blanche.

L’angoisse de la page blanche n’est pas plus difficile à guérir. Il suffit d’écrire, de continuer à écrire, même mal, mais en public. Jusqu’à ce que l’on s’améliore.
Tout le monde devrait apprendre à écrire en public. Créez un blog ou un Tumblr, ouvrez un compte Twitter, sous un faux nom si vous préférez. Désactivez les commentaires, car vous n’avez pas besoin de plus de critiques mais de plus d’écriture. Et écrivez tous les jours. Pas de la fiction ou un journal intime, juste une analyse claire, précise et honnête de ce que vous voyez autour de vous ou de ce que vous voudriez voir. Vous pouvez aussi apprendre aux autres à faire quelque chose.

L’important, c’est de savoir qu’en écrivant quelque chose tous les jours, même s’il ne s’agit que d’un paragraphe, vous vous améliorez. Faites taire la résistance qui voudrait que vous n’écriviez rien. Écrivez aussi souvent que vous parlez. « 

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