L’innovation en actes : 5 questions à Benoît Renoul, de Sharewizz

Pourquoi acheter ce que vous n’utilisez (presque) jamais ? C’est la question posée aux consommateurs par Sharewizz, première plateforme de prêt gratuit d’objets entre particuliers. Lancée en avril dernier à Paris, la start-up a déjà construit une belle communauté d’utilisateurs, et a commencé à se faire un nom dans le monde de la consommation collaborative. Aujourd’hui, elle fait à la fois partie des « 1000 pionniers » sélectionnés par Shamengo, Newmanity et LH Forum, et des quatre finalistes de l’opération « Startup en vitrine« .

Au milieu de cette actualité débordante, j’ai interrogé Benoît Renoul, le fondateur du site.

1/  Sharewizz a été retenu pour le Prix « 1000 pionniers », en quoi s’agit-il d’une innovation qui change le monde ? 

Sharewizz est un concept résolument innovant du fait de sa simplicité : tout le monde en a déjà eu besoin un jour mais personne n’a osé réaliser ce projet jusqu’au bout. En effet, parier sur la gratuité et sur la confiance, quelle folie !

En 2013, comment croire que les gens vont se mettre à s’entraider gratuitement, et entre inconnus? Bon, effectivement, on nous prend parfois pour des fous ou pour de joyeux idéalistes. Mais ce que nous sommes en train de faire, c’est de démontrer que Paris est bien autre chose que la capitale de l’indifférence cordiale et du matérialisme snob : parmi nos membres, nous voyons chaque jour davantage que les parisiens aiment partager et qu’ils recherchent des interactions, même avec leurs voisins !

2/ Le prêt d’objets, c’est « Jugaad » ?

Le prêt, c’est la débrouille par excellence, le bon sens dans tous ses états : on fait avec les moyens du bord, dans un total esprit d’ouverture, de partage de solutions et de matériels.

Alors, quand dans un quartier plusieurs voisins ont en commun le goût du Jugaad, c’est vraiment le début de la « révolution du partage »… Et on commence à croire qu’un changement de mode de consommation est possible, même si les signes ne sont pas encore indiscutables.

3/ Comment es-tu venu à l’entrepreneuriat ?

J’ai créé ma première startup Dailyweb dès ma sortie d’école en 2007 : un dispositif ingénieux qui facilitait l’accès à Internet pour le grand public, dans des lieux sympathiques et pour un coût symbolique. Ce fut un échec retentissant mais une expérience formidable, très formatrice ! Puis j’ai travaillé sur 2 projets de création (qui n’ont pas abouti), en parallèle de mes 4 années en cabinet de conseil en management.

En décembre 2011, quand a surgi l’idée d’un service qui permettrait de créer des liens utiles et de la confiance entre des gens, je me suis dit que cela avait beaucoup de sens pour moi. J’ai vite ressenti que l’adéquation totale de ce projet avec ce que je voulais faire de ma vie me donnerait l’énergie et la force nécessaire pour le mener à bien, malgré les complexités multiples que comporte un tel projet. Et il y a eu beaucoup de péripéties, déjà!

Mais chaque nouvelle journée passée à développer ce beau projet centré sur le partage, me rend toujours plus ravi de m’être lancé dans l’aventure. Et je suis très heureux de pouvoir la mener à bien avec le renfort de plusieurs talents et personnalités formidables ! J’en profite pour les en remercier et les féliciter.

4/ Où en est Sharewizz aujourd’hui ?

Cinq mois après le début de l’aventure, notre tribu sur www.sharewizz.com rassemble plus de 2600 membres : des grands et des petits, des riches et des moins riches, des sportifs et des cordons bleus, des radins et des généreux, des frileux et des chaleureux, des confiants et des ultra-prudents, … Sharewizz a déjà le visage d’une belle mosaïque ; elle me plait et je veux y ajouter encore d’autres couleurs, d’autres talents, d’autres objets qui disent quelque chose de celui ou celle qui les partagent.

Chaque partage montre qu’un objet prêté devient un objet social : une chose inanimée certes, mais qui permet à l’un puis à l’autre de réaliser des projets, de vivre une expérience. On le sent très fort lorsqu’on emprunte un siège-auto, ou un guide touristique, auxquels sont liés des souvenirs et des émotions, des tranches de la vie d’un autre. Si le don est quelque chose de puissant, le prêt est encore plus fort car il n’est jamais unilatéral : que l’on soit prêteur ou emprunteur, on reçoit énormément. Et dans un monde où tout est tarifé, la gratuité a aussi quelque chose de reposant et de simple…

5/ Quelles sont tes ambitions pour l’avenir ?

Sharewizz est un grand projet destiné à promouvoir une entraide 2.0 basée sur la gratuité et la proximité. Mon ambition pour l’avenir est de faire croître le mouvement et de créer suffisamment de lien (social) et de confiance pour permettre aux Wizzers ( les utilisateurs) d’emprunter facilement près de chez eux les objets dont ils ont besoin, au lieu de devoir les acheter.

A terme, je souhaite que l’emprunt près de chez soi devienne un réflexe préalable à l’achat, même d’occasion, pour tous les objets qui répondent à un besoin ponctuel ou temporaire.

C’est à la fois un moyen de faire de belles économies, de se rapprocher de voisins parfois sympathiques (si si, ça existe!), et d’adopter progressivement un mode de consommation plus durable et plus respectueux de l’environnement. A ce petit jeu du partage, tout le monde est gagnant ! Comme je me plais à le rappeler : prenons conscience qu’on a tous à gagner à partager…

Le mot de la fin : Merci Diateino de m’avoir accordé cet entretien. Sans le savoir vous êtes partie prenante de cette aventure Sharewizz, puisque je me nourris des écrits de Seth Godin et de Steve Blank, et que je fais partie de la nouvelle promo du Startup leadership program, dont vous êtes partenaire (je l’ai appris avant-hier!). Continuez à soutenir de la sorte l’innovation et l’esprit créatif de centaines d’entrepreneurs Français qui chaque jour se lèvent avec la volonté de changer le (leur?) monde !

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