Comment j’ai compris que j’étais casse-cou

source : www.compagnie-armeblanche.com

Je ne suis pas attirée par les sports extrêmes. Certes, je peux regarder avec un plaisir teinté d’admiration l’épreuve de saut à ski aux jeux olympiques ou les prouesses des kite-surfers sur YouTube, mais jamais vous ne me verrez m’élancer du grand plongeoir ou faire du saut à élastique. Pour être tout à fait honnête, même circuler à vélo dans Paris me procure un peu trop de sensations fortes.

Et pourtant, j’ai compris un jour que j’avais à ma manière le goût du danger.

Il y a deux ans de cela, j’ai travaillé pendant de longs mois à l’élaboration d’un spectacle qui était, de l’avis de tous, un projet « casse-gueule ». Jusqu’au jour de la première, les acteurs eux-mêmes étaient très inquiets de l’accueil que le public allait réserver à la pièce. En ce qui me concernait, l’élan d’enthousiasme que cette création soulevait en moi surpassait de loin la crainte de faire un four.

Jusqu’à ce qu’un soir, une des actrices m’annonce qu’elle arrêtait les répétitions. Au-delà des difficultés inhérentes au fait de remplacer un membre d’une troupe au pied levé, cette défection d’une personne que je pensais aussi attachée que moi au projet me plongea dans un abîme de doute. Comme si, d’un coup, je m’apercevais que j’avançais sur un pont invisible avec un gouffre en-dessous de moi. Mais pourquoi diable avais-je éprouvé le besoin de m’embarquer dans cette aventure ? La création artistique m’apparut pour ce qu’elle est : un acte profondément saugrenu et dangereux.

Et pourtant, le lendemain, j’y retournais, un peu étourdie par cet accès de vertige, mais toujours gaillarde.

Étrange. Qu’est-ce donc qui pousse un être à adopter un comportement aussi irrationnel?

Pour ma première mise en scène, j’avais 23 ans et aucune expérience de la conduite d’une troupe ; j’avais choisi un texte difficile et me suis retrouvée à diriger 18 acteurs, dont une bonne partie étaient préoccupés par toute autre chose. Quelle idée. Rétrospectivement, c’était plutôt casse-cou.

Pourquoi vous raconte-je tout cela ? Parce que la lecture de La Supercherie d’Icare m’a énormément réjouie, autant que peut réjouir une bonne nouvelle.

Et quelle bonne nouvelle que celle annoncée par Seth Godin ! L’avènement d’un monde qui attend de chacun qu’il soit un artiste, avec ce que cela peut comporter d’obsession, de témérité, et de besoin d’offrir quelque chose qui ne soit que de soi.

« Nous naissons tous fous, quelques-uns le demeurent », comme dit Estragon à Vladimir dans En attendant Godot… Quelques-uns gardent en eux l’idée que le vrai danger est de ne pas voler assez haut. Si l’on ne sent pas le vide sous ses pieds, à quoi bon avancer ?

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