3 questions à Sophie Keller d’Odyssem : l’intelligence collective au service de l’innovation sociale

 

Entrepreneur et économiste, Sophie Keller a co-créé Odyssem, un collectif d’entrepreneurs qui travaille à agit pour développer des projets innovants d’entrepreneuriat social et de relocalisation d’activité sur les territoires français.

Quelle est la mission d’Odyssem ?

Avec Amandine Barthélémy, Romain Slitine et maintenant de plus en plus d’autres, nous avons créé un collectif, baptisé Odyssem, dont l’objectif est de démultiplier dans les territoires de France des actions remarquables porteuses d’une vraie innovation sociale et d’un fort potentiel de développement. Nous nous engageons auprès de ces acteurs de façon entrepreneuriale pour donner plus d’ampleur à leur modèle, pourquoi pas en le développant ailleurs par essaimage. C’est ce que nous avons fait avec REPLIC, une initiative née en Languedoc-Roussillon et aujourd’hui répliquée en Bourgogne et Nord Pas-de-Calais. Nous agissons en co-entrepreneurs.

En Lozère, nous travaillons avec l’institut Equiphoria qui a mis au point une méthode d’accompagnement des personnes handicapées par des activités équestres. Le premier centre a été créé il y a deux ans, et nous arrivons à un moment clé où nous allons finaliser la montée en puissance et la reconnaissance médicale de la méthode. Il s’agit aussi d’anticiper l’essaimage et de modéliser un pilote pour demain aller plus vite et mieux ailleurs.

Un certain nombre d’élus font le constat qu’ils ont envie de jouer un rôle encore plus moteur sur leur territoire, aussi nous travaillons avec eux sur une vision renouvelée de leur mission, qui soit plus entrepreneuriale. Par exemple dans une commune de Haute Savoie, il va s’agir de développer un restaurant dans le cœur du village pour à la fois créer un lieu de partage et d’insertion pour les personnes exclues. Nous mettons la commune dans une posture de porteur de projets.

Comment avez-vous trouvé ces initiatives ?

En grande partie, nous avons trouvé ces gens parce que nous menons une action de diffusion. Nous avons une volonté de prise de parole et de transmission de ces modèles, via des travaux de réflexion et d’écriture qui nous semblent importants pour faire bouger les lignes et faire passer ces nouveaux modèles dans l’économie classique. Nous voulons changer la donne. C’est une démarche extrêmement proactive : pousser les gens à agir avec des nouveaux modèles qu’ils ne connaissent pas. Les gens pêchent par manque de connaissance. Nous avons beaucoup pris la parole dans les médias, ce qui permet de toucher de plus en plus de personnes, aussi bien des chefs d’entreprise que des élus ou des étudiants ; c’est ça aussi qui fait venir des personnes à nous.

Vis-à-vis de toutes ces initiatives, nous sommes dans une action de fédération. On s’imagine de plus en plus comme un collectif : ces entrepreneurs sont beaucoup plus forts quand on les fédère ! Nous avons été la jonction entre eux ; ils ont beaucoup de choses à faire ensemble et à se transmettre.

Notre dernière activité, qui est l’Institut de l’innovation et de l’entrepreneuriat social à l’ESSEC, à Sciences-Po Paris et à Sciences-Po Lille, nous permet de défricher toujours de nouveaux terrains d’enseignement, et d’aller toucher d’autres publics. J’enseigne aussi au Liban depuis deux ans. Et en mai, nous avons lancé une grande conférence à Tunis sur l’économie sociale et la Méditerranée.

Qu’est-ce qui vous a conduits vers cette aventure du collectif ?

Ce qui est la dominante chez nous, c’est que nous sommes tous les trois passionnés d’innovation sociale depuis nos études. Nous avons choisi cette forme d’un collectif car nous croyons vraiment à l’intelligence collective. C’est une forme qui permet à chacun d’agir là où il est le mieux. Odyssem a vocation à être un endroit où l’on travaille avec d’autres personnes qui ont cette vision. Il faut que les autres y trouvent un lieu de confiance, d’inspiration et d’action, sans que ce soit une énième institution. Rester un collectif permet de rester extrêmement souple. Nous sommes tous entrepreneurs, et à chaque fois nous trouvons des modalités d’engagement différentes, bougeons le curseur en fonction du chemin de vie de chacun. Par exemple en ce qui me concerne je suis très attirée par le fait de passer beaucoup de temps dans les territoires. Le collectif permet à chacun d’être dans son chemin.

En ce moment nous sommes dans une dynamique de développement ; pour l’instant nous sommes une association, mais pourquoi ne pas devenir une coopérative ?

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