Eloge du jeu

 

Le lien est intime entre la créativité et le jeu.

Pour que du nouveau, de l’inattendu puisse se donner à voir, il faut du jeu entre les idées et les données du problème – au sens où l’on peut dire qu’il y a du jeu entre deux pièces d’une machine. L’élément qui joue va pouvoir prendre des positions de hasard ; le jeu est ce qui peut assigner aux choses (et aux hommes) de nouvelles places.

Une organisation dans laquelle tout est bien rivé, vissé, aura la fragilité du chêne de la fable, sans le jeu qui lui permet de suivre avec souplesse le vent du marché.

Si l’esprit créatif noue des connexions entre des choses apparemment sans rapport, autorisant « la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection », le jeu, lui, crée des connexions inédites entre les personnes.

N’importe qui ayant l’expérience d’un sport ludique (de balle, ballon ou volant) peut témoigner du lien spécial qui peut unir, sur un terrain, ne fût-ce que le temps d’un match, des personnes n’ayant a priori rien en commun.

Dans Jeu et réalité, Winnicott dit de la créativité qu’il « s’agit avant tout d’un mode créatif de perception qui donne à l’individu le sentiment que la vie vaut d’être vécue; ce qui s’oppose à un tel mode de perception, c’est une relation de complaisance soumise envers la réalité extérieure : le monde et tous ses éléments sont alors reconnus mais seulement comme étant ce à quoi il faut s’ajuster et s’adapter. »

Si l’on rapporte cette réflexion à l’univers de l’entreprise, on trouve d’un côté le fatalisme, la soumission aux processus existants et la répétition des recettes éprouvées, et de l’autre, un mode de perception qui donne aux collaborateurs le sentiment que le travail vaut d’être accompli.

Dans l’introduction à Gamestorming, le French Gamestorming User Group dit des jeux qu’ils « aident à faire émerger une véritable intelligence collective en canalisant les énergies et en donnant l’occasion à tout un chacun d’être un réel acteur de la collaboration. »

Non seulement un état d’esprit créatif permet d’innover et de proposer des solutions nouvelles aux défis rencontrés par l’organisation, mais il est un gage d’implication et de bonheur de faire.

La capacité de jouer est le pouvoir de lier l’imaginaire et le réel, dans un entre deux qui permet un va et vient créatif. Il ne s’agit pas de s’affranchir de la réalité, mais bien d’en permettre l’approche. En ce sens, le jeu est un « moyen d’accès au monde », pour reprendre la formule de Yann Kerninon. Nous avons peut-être grandi, mais nous avons toujours besoin d’espaces transitionnels dans lesquels apprivoiser les possibles.

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