Faire avec : le jazz, le bricolage et la chance

La chance ne vient pas tant du fait d’être né sous une bonne étoile, que d’un état d’esprit de disponibilité, qui, joint au fait de savoir ce que l’on veut, permet d’apercevoir des opportunités là où quelqu’un de moins ouvert n’aurait rien vu. Les opportunités peuvent se trouver partout, même dans l’adversité : c’est un des enseignements du Jugaad. Dans un contexte où les ressources sont limitées, savoir identifier les possibilités et les combinaisons inédites est en soi une richesse.

Et si innover était d’abord faire avec ? « Les musiciens de jazz réussissent parce qu’ils croient fermement que tout ce qui advient peut être à l’origine d’une innovation », écrit Franck J. Barrett.

source : Wikipedia

À ce titre, le musicien de jazz est semblable au bricoleur décrit par Claude Lévi-Strauss dans La Pensée sauvage : « Regardons-le à l’œuvre : excité par son projet, sa première démarche pratique est pourtant rétrospective : il doit se retourner vers un en­semble déjà constitué, formé d’outils et de matériaux ; en faire, ou en refaire, l’inventaire ; enfin et surtout, engager avec lui une sorte de dialogue, pour répertorier, avant de choisir entre elles, les réponses possibles que l’ensemble peut offrir au problème qu’il lui pose. Tous ces objets hétéroclites qui constituent son trésor, il les interroge pour comprendre ce que chacun d’eux pourrait « signifier » (…) ».

Il s’agit de faire avec ce qui vous tombe sous la main, mais aussi avec l’expérience que l’on a pu glaner. Aucun innovateur, aucun manager ne part de zéro pour trouver une réponse aux problèmes opérationnels qu’il rencontre : « Il en est de même pour de nombreux postes dans les entreprises, qui requièrent une compréhension des problèmes à partir d’une expérience acquise ça-et-là, de bricoler et improviser avec les éléments que l’on a sous la main. » (F.J.Barrett). Surtout, l’art du faire avec est un art collectif. Le bricoleur instaure avec son bric-à-brac un dialogue, où chaque élément, comme dans une conversation, vient donner du sens à l’ensemble. Être à l’écoute de ce qu’offre l’instant, mais aussi (d’abord ?) de ce que les autres, avec ce qu’ils ont d’unique (leur expérience, leur savoir-faire, leur style), vont apporter et proposer, permet de mettre à jour des solutions inédites.

« L’improvisation en jazz est un processus insaisissable, vital. À tout moment, un musicien peut donner à la musique une autre direction, défiant les attentes et incitant les autres à réinterpréter ce qu’ils viennent d’entendre. » : une expérience bien connue par tout entrepreneur finement à l’écoute de son équipe, de ses clients et du marché.

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1 commentaire(s)

  1. L’idée donne absolument envie. Le tout est en plus vraiment très bien écrit. Bravo!

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