Internet des objets, ou objet des Internets ? Entretien avec Ismail Salhi de Qleek

Ce qui est passionnant avec les plateformes de financement participatif, c’est qu’elles permettent de voir s’esquisser des projets passionnants avant qu’ils ne parviennent à la connaissance du grand public. On y jouit en quelque sorte d’un bénéfice d’avant-première. C’est ainsi que j’ai découvert Qleek sur Indiegogo. Tout de suite, j’ai été aussi fascinée qu’intriguée par cette vision très iconoclaste de nos rapports avec le monde numérique. Pour qui reste attaché à la matérialité de sa collection de vinyles et aime découvrir ses hôtes en observant les livres sur leurs étagères, il manquera toujours quelque chose à une playlist Spotify ou à un film en streaming. Et si les objets connectés étaient avant tout des objets ?

Ismail Salhi - source : Bonjouridee.com

Quelle est la genèse de Qleek ?

L’idée d’inventer un support physique entièrement dédié aux contenus en ligne m’est venue comme une évidence. Un soir en rentrant chez moi, je voulais mettre de la musique, j’ai regardé ma bibliothèque et je me suis rendu compte qu’elle n’était plus remplie que d’objets que je n’utilisais pas (CD, DVD, Vinyles). La plupart de mes contenus et artistes préférés étant sur Internet, il m’a semblé indispensable de les remettre sur mes étagères.

La bibliothèque reste un lien fort entre les fans de musique, de livres, de cinéma et leurs artistes préférés. Les gens peuvent s’y attarder pour discuter de leurs goûts et préférences. Elle permet aussi d’avoir un accès rapide et simple à nos contenus personnels (albums photos, vidéos de vacances, etc.), sans oublier le côté décoratif de l’objet.
Mettre Internet sur nos étagères est devenu notre mission depuis.

Quelle est votre vision personnelle de l’Internet des objets ?

Pour moi l’Internet des objets est une terminologie de transition qui sera amenée à disparaître le jour où connecter un objet à internet ne constituera pas une révolution en soi.
Ce qui importe aux gens c’est d’avoir des objets qui leur font gagner du temps ou vivre des expériences hors du commun. Peu importe qu’ils soient connectés ou pas.

En ce qui me concerne, je rêve d’un Internet qui requiert beaucoup moins notre attention que l’actuel réseau mondial. L’internet des objets s’il tient ses promesses, pourrait reléguer nos interactions avec le réseau au second plan nous laissant plus de place et de temps loin des écrans que je considère comme le verrou le plus ennuyeux de l’ère Internet.

Internet sans les écrans, ça ressemblerait à quoi ?

L’internet sans écrans est un Internet plus mature qui saura inventer de nouveaux modes d’interaction entre l’Homme et la Machine. Certains l’appellent l’Internet des Objets, nous pensons que c’est juste une évolution naturelle du réseau mondial. Qleek en décrit un usage : Pourquoi faut-il passer par des applications pour jouer ma playlist préférée quand je peux le faire sans?
Pour nous, tout moment loin de l’attention que requièrent les écrans est précieux. Jusqu’à maintenant la seule fenêtre qui ouvre sur le web est l’écran, mais avec le temps d’autres fenêtres s’ouvriront et permettront de profiter des avantages de la toile sans être isolé du monde qui nous entoure.

Vous pouvez lire sur Medium deux articles un peu plus expliquant notre vision du futur Internet.

Que pensez-vous d’une initiative comme les objets-qualités de La Gambiarra ?

Venant aussi du monde du logiciel, où les principes de réutilisation du code et de sa polyvalence sont majeurs, je ne peux qu’être ravi que des designers embrassent la notion de l’objet-qualité.
Comme nous en parlons d’ailleurs dans l’article « As little computer as possible« , les objets-potentiels sont parfaits pour des moments précis de la vie courante, mais peuvent aussi dans certains cas provoquer une perte de qualité dans les rituels que nous pouvons vivre au quotidien. Nos téléphones par exemple sont de vrais objets potentiels, utilisés pour communiquer, se localiser, se divertir et travailler à la fois, ils deviennent vite accaparants et l’interaction avec l’objet nous isole du reste de notre environnement.
Je pense que dans le cas précis des objets venant du monde de l’internet, et au-delà de l’utilité même de l’objet et de sa polyvalence, il est plus que jamais nécessaire de penser des produits moins fondés sur l’attention de l’utilisateur.

Pensez-vous que l’innovation sociale soit un objet de design ?

Je pense que les innovations sociales ne peuvent avoir lieu que si nous approchons les problèmes qui nous entourent comme des objets de design.
Un des jeunes designers produit que j’aime beaucoup, Andrew Kim, a réussi à aborder le problème de la complexité des élections américaines comme un objet de design, sa réflexion sur le sujet est très intéressante et ses résultats apportent de vraies solutions pratiques à un problème qui touche toute la société.

Pensez-vous que Qleek puisse toucher le grand public ?

Lors de la dernière édition de Futur en Seine, nous avons eu l’opportunité de montrer Qleek au public dans le Loft de la Gaité Lyrique.
C’était la toute première fois que nous mettions Qleek dans les mains d’autant de monde. Nous avons été très heureux de voir comment l’objet attirait la curiosité des passants, petits et grands. Les personnes venaient naturellement jouer avec les tapps (hexagones en bois) et comprenaient instinctivement leur fonctionnement.

Le fait de pouvoir partager en main propre et personnaliser ses contenus purement numériques a séduit énormément de monde, notamment les fameux Digital-Natives qui ont montré un véritable enthousiasme pour Qleek.
Donc pour répondre à votre question, non seulement nous pensons que Qleek va toucher le grand public, mais nous avons l’intime conviction que nous tenons entre nos mains le nouveau medium des nouveaux médias.

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