Rencontres avec des entrepreneurs africains : Comment répliquer un service existant ailleurs en l’adaptant aux spécificités locales ?

Le vendredi, retrouvez quatre jeunes HEC passionnés qui ont démarré leur tour du monde de l’innovation sociale et frugale en août dernier.

LEÇON 7 : Comment répliquer un service existant ailleurs en l’adaptant aux spécificités locales ?

Acturoutes, Côte d’Ivoire

Rencontre avec Barthélemy Kouame, fondateur de Acturoutes à Abidjan, Côte d’Ivoire.

Abidjan, ville saturée :

Quand nous sommes arrivés à Abidjan, il y a deux choses auxquelles nous nous attendions pas et qui nous ont marqués : la luxuriance de la végétation, y compris au cœur de la ville, et les embouteillages. Abidjan est une ville lagunaire mais seuls deux ponts (bientôt trois) permettent de passer d’une rive à l’autre ce qui entraîne de gros problèmes de congestion.

Répliquer un service préexistant à l’étranger :

Acturoutes, c’est un petit peu le Bison Futé de la Côte d’Ivoire. Son but : aider les automobilistes à mieux appréhender leurs trajets en voiture, à perdre moins de temps dans les embouteillages, à réduire leur empreinte carbone mais aussi à améliorer leur sécurité sur les routes.

Acturoutes est avant tout une plateforme d’informations routières en temps réel visant à prévenir les automobilistes de l’état de la circulation, des éventuels accidents et détériorations de la voie. Dans le cadre de ce projet, Barthelemy Kouame et son équipe ont développé plusieurs services :

– un service d’informations routières en temps réel par SMS, le cœur du projet ;

– un service d’informations routières en temps réel sur Internet (pour les entreprises) ;

– un journal en ligne spécialisé dans le domaine de la mobilité ;

– des écrans diffusant l’information routière dans les supermarchés, les hôtels, les aéroports (il y en a actuellement 10 fonctionnels à Abidjan) ;

– des flashs d’informations routières pour la radio (RTI ainsi que 5 autres radios locales) et pour la télévision nationale.

S’adapter aux moyens disponibles :

Ces informations sont récoltées grâce à une trentaine de « pointeurs » qui sont directement sur le terrain et observent la situation sur les voies. Parallèlement, l’équipe est en relation directe avec la police et les pompiers qui les informent des incidents rapportés.

En effet, en Côte d’Ivoire, le réseau routier n’est pas encore équipé de capteurs, de boucles électromagnétiques enfouies dans la chaussée et de caméras, comme en France. Acturoutes doit donc prélever les informations par ses propres moyens.

S’adapter à la cible :

En Côte d’Ivoire, on recense 20 millions de téléphones portables pour 22 millions d’habitants environ. Orange a environ 7 millions d’abonnés et MNT au moins autant. Le téléphone mobile dispose donc d’un taux de pénétration très important. Néanmoins, le taux de pénétration des Smartphones est bien plus faible. Inutile donc de développer une application d’informations routières telle que nous en connaissons en France. C’est pourquoi Acturoutes a choisit le SMS comme mode de communication. Ainsi, l’offre est parfaitement adaptée à tous les utilisateurs.

Le service d’information routière par SMS fonctionne de la manière suivante : l’utilisateur paie 200 FCFA (30 centimes d’euros à peu près) qui sont directement débités de son forfait mobile. Cet abonnement lui permet d’avoir accès à toutes les informations Acturoutes pendant quinze jours. Les utilisateurs tapent alors le #152# et reçoivent par SMS les dernières actualités routières. Ce modèle répond à trois attentes des consommateurs :

– Ils peuvent conserver leur confidentialité : Acturoutes a accès aux numéros de mobile mais pas aux noms des clients ;

– Le coût est faible (200 FCFA) ;

– Ils reçoivent l’information à leur demande et ne sont pas harcelés de messages.

Un marché en devenir :

Acturoutes propose aux automobilistes un service innovant et totalement inédit en Côte d’Ivoire. Malgré une reconnaissance rapide et enthousiaste du projet tant par le gouvernement que par des acteurs privés, le projet peine à véritablement décoller.

Si pour nous, Français, ce service est presque devenu « une évidence » dont on ne peut plus se passer, ce n’est pas le cas partout. Les Ivoiriens n’ont pas encore le réflexe d’utiliser ce type de service et encore moins de payer pour en disposer. Acturoutes doit donc contribuer à faire évoluer les mentalités en faisant prendre conscience aux utilisateurs de leurs besoins. Le marketing et la communication représentent donc des défis centraux.

Cet exemple nous montre qu’une idée révolutionnaire n’est pas toujours nécessaire pour entreprendre. Parfois, il suffit de s’inspirer de ce qui existe déjà ailleurs et de le répliquer en l’adaptant aux spécificités du marché local. C’est ce que fait Acturoutes et nous sommes convaincus que son projet va révolutionner la vie des Ivoiriens et plus particulièrement des Abidjanais. Si vous allez dans quelques années à Abidjan, vous y trouverez sûrement des panneaux d’informations routières en temps réel sur les grands axes, grâce à Acturoutes !

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