Une valse avec Seth Godin

La traduction est une sorte de danse de salon. Page après page, il s’agit de se couler dans le rythme de l’auteur, d’anticiper ses pas, être fidèle à ce qui fait la souplesse unique de chaque inflexion. Lorsque j’ai commencé à valser avec Seth Godin pour que Your Turn devienne C’est à vous de jouer !, j’avais l’avantage d’être une lectrice de longue date, d’abord de son blog puis de ses livres, et d’être par conséquent déjà familière de la façon réellement unique qu’il a de parvenir à surprendre en se répétant.

Mais là, il y avait dans cette expérience quelque chose de plus, au-delà des passes stylistiques.

Lire un livre de Seth Godin in extenso (ou son blog de manière systématique) s’apparente à suivre un protocole de coaching. En surface, vous n’avez pas forcément l’impression qu’il se passe grand-chose. Et pourtant, par la magie des mantras et des inductions, il va planter dans votre inconscient des images agissantes qui resurgiront quand vous vous y attendrez le moins. Une omelette sans jaune d’œuf. Des montagnes russes. Neil Young en tournée avec Crosby, Stills & Nash. Pythagore volant des marteaux. Ces images vont devenir les camarades de votre succès, ou du moins de votre courage. Petit à petit, il va vous sembler de plus en plus dommage d’étouffer votre voix intérieure, de plus en plus évident que vous pouvez (devez) sortir de l’ombre et avancer un peu plus près de vos rêves.

Chaque lecteur aura peut-être comme moi l’impression étrange que ce livre était écrit pour lui. D’ailleurs, quand on touche à la fin de C’est à vous de jouer !, on se prend à penser qu’en fait, il a peut-être été écrit aussi pour tel et tel et telle que nous connaissons, et qui sont là, « dans le leurre du seuil » comme dit Yves Bonnefoy, tout près de la grande aventure, mais se cramponnent encore à des « mais ». Ça tombe bien : les dernières pages du livre invitent à le prêter après l’avoir lu (les idées doivent circuler comme l’énergie dans le feng shui !).

Les détracteurs de Seth Godin lui reprochent sa tendance à se répéter sans penser qu’elle est en vérité performative : la répétition crée l’organe, elle crée aussi la foi qui déplace les montagnes de peur et de préjugés accumulés en chacun de nous. Pour ma part, non seulement un mois de travail dans l’intimité de cette danse n’est pas parvenu à me lasser, mais je n’avais à la fin qu’une envie : faire passer. Comme dit Seth Godin, quand «l’acte de créer touche à sa fin, tout ce qui reste est le changement que [l’on a] pu créer chez les autres. »

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