Okoni : Innover partout et avec tous

« Co-créer de la valeur avec les consom’acteurs », « collaborer avec des partenaires innovants » et « booster l’agilité » : ce sont trois principes de l’innovation frugale définis par Navi Radjou que l’agence d’innovation Okoni a profondément inscrits dans son ADN. Implantée au CRI, elle crée des espaces d’innovation et des outils de collaboration pour permettre aussi bien aux équipes en entreprise qu’aux citoyens d’un territoire d’inventer ensemble leurs solutions.

Je me suis entretenue avec Brice Jehanno, l’un des deux fondateurs de cette petite structure qui donne ses lettres de noblesse à l’ingéniosité collective.

 

Comment a démarré l’aventure Okoni ?

J’ai rencontré Pierre Baudry chez IDRH ; il a eu une intuition qui a été un déclencheur pour nous donner envie d’entreprendre, et nous avons démissionné tous les deux en nous donnant trois mois pour trouver nos premiers clients. Nous avions une piste avec le Gabon : créer une innovation room pour co-élaborer les nouvelles politiques publiques, mais cela ne s’est pas concrétisé. En revanche, nous avions une deuxième piste avec La Poste qui nous a mis le pied à l’étrier avec une mission complète incluant la création, l’aménagement et la maintenance d’un espace d’innovation. Nous y avons animé des ateliers de prototypage sur les nouveaux usages du timbre postal, les nouveaux services autour de la réception de courrier, les nouveaux processus inter-entreprises, et de nouvelles stratégies de communication en territoires. Après quoi nous avons gagné d’autres clients, comme la CDC, où l’on fait travailler les top 100 managers RH en même temps sur la plateforme collaborative, ou l’AFD pour co-designer de nouvelles solutions d’amélioration de sa logique de versements. Au final, nous avons fait une très belle première année.

Quels sont les champs d’action d’Okoni ?

Il y en a deux. Dans le privé, on accompagne des chantiers d’innovation. Et dans le public et para-public, on outille très concrètement des méthodes de concertation citoyenne. On crée des laboratoires de fabrication citoyenne, car la démocratie participative est trop souvent une incantation, comme l’innovation d’ailleurs.

Nous sommes allés voir la Mairie de Paris pour son Budget Participatif, pour permettre aux citoyens de voter pour autre chose que pour des projets élaborés en chambre par l’administration. Notre proposition est de les accompagner pour réinventer les conseils de quartier et en faire une vraie plateforme d’innovation.

Faire de la crowdempathie, pour comprendre très en profondeur les besoins

Un des axes majeurs de la façon dont on s’est construit est qu’on s’est dit : il y a plein de choses qui se font dans l’univers numérique, il y a des plateformes collaboratives, des réseaux sociaux ; il a aussi pas mal d’initiatives qui se bricolent en mode présentiel. Notre approche est de mêler de manière professionnalisée du distanciel et du présentiel. Nous voulons faire de la crowdempathie, de la sociologie par la foule, pour comprendre très en profondeur les besoins. On utilise des techniques d’ethnographie sociologique, avec des entretiens qualitatifs, mais c’est intéressant aussi de le faire par la foule et de demander : racontez-nous sur tel sujet précis vos histoires d’usage ; les détournements d’usage ; vos irritants ; vos rêves. On collecte tout cela pour en tirer des cas concrets de douleurs d’usage. Puis on va faire du crowdsourcing et s’adresser à une communauté pour lui demander ses solutions. Suite à quoi, nous faisons ce que l’on appelle du smartsourcing : nous sélectionnons les trois, quatre ou cinq meilleures idées et proposons aux gens de venir participer à un atelier présentiel. Ce sont des méthodologies de co-design qui vont de l’idéation jusqu’au prototypage et permettent d’aboutir à un vrai prototype.

source : Okoni

Nous avons développé un logiciel spécifique qui permet de faire du co-design digital et du crowdtesting. Par exemple, sur un atelier de deux jours, on soumet à la fin du premier jour les prototypes en ligne via le crowdtesting, et on récolte quelques dizaines, centaines ou milliers de réactions. C’est ce que l’on a fait avec la ville d’Angers sur la petite enfance, pour trouver comment améliorer les relations entre les parents et l’administration. On a mis dans la même salle des parents, du personnel de terrain et des gens de l’administration (comme l’élu en charge de la petite enfance) pour prototyper des solutions très concrètes. Par exemple un cahier de liaison : à quoi ressemble-t-il ? Combien de pages fait-il ? Qui l’alimente ? Un lien sur le site de la mairie d’Angers était mis à la disposition des 50 000 habitants de la ville, qui avaient une semaine pour répondre. On a commencé le deuxième jour d’atelier en retraitant les réponses et les réactions et en raffinant les prototypes. Le maire s’est engagé à faire un pilote dans au moins un établissement.

Instiller des bulles de régulation sociale dans les entreprises

Le fond de notre conviction est de substituer à la régulation hiérarchique une régulation sociale. On arrive aux limites de la régulation hiérarchique, et pour innover, comme pour le bien-être des employés, il faut instiller des bulles de régulation sociale dans les entreprises. Nous nous proposons d’outiller la régulation sociale. Les participants sont égaux : à Angers, l’élu en charge de la petite enfance était assis à côté d’une mère d’origine roumaine qui maîtrisait très mal le français.

A quoi peut ressembler un espace d’innovation ?

Avec une équipe d’ingénieurs en lien avec les ADICODE, qui sont un fer de lance du codesign en France, nous avons créé une innovation room nomade. On veut aller aussi dans les terrains oubliés de l’innovation. On n’a pas envie d’aller dans la nomenklatura de l’innovation ou dans des lieux très jolis comme le NUMA qui représentent l’aristocratie de l’innovation. Nous sommes des militants contre l’endogamie. Ce qui nous intéresse, c’est d’aller aussi dans les prisons, les hôpitaux, les écoles, au fin fond de la campagne, dans une petite PME en Isère.

Nous avons a recréé dans cette innovation room exactement les mêmes conditions que dans un labo de codesign qu’on a conçu. On l’a déployée à Angers, et lors d’un salon à Reims où l’on a travaillé pendant une journée sur la conception d’une crèche innovante accolée à une maison de retraite. Dans cette structure nomade, on trouve 5 petits tabourets à l’intérieur desquels on loge le vidéoprojecteur avec la plus courte focale du marché qui éclaire à la verticale, le plus petit mini PC du marchés qui tient dans la main, et un système qui s’accroche au mur et permet de rendre tactile n’importe quelle surface par captation infra-rouge. Il suffit d’avoir une connexion internet pour recréer une innovation room n’importe où.

Accompagner de l’idée jusqu’au marché

Nous avons commencé par une logique d’espaces, puis nous nous sommes étendus. A la base, Okoni était un créateur d’espaces d’innovation. Cette offre-là est devenue une petite brique de tout ce que l’on peut faire à présent. Nous sommes devenus une full innovation agency, nous accompagnons nos clients de l’idée jusqu’au marché. D’abord on va de l’idée au prototype, puis on réfléchit à comment l’organisation délivre et met sur le marché ce prototype.

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