Les Lundis Y : Les étudiants doivent-ils pouvoir licencier leurs professeurs ?

Source NPR

Imaginez un monde où les élèves pourraient licencier leurs professeurs au motif qu’ils ne seraient pas assez compétents. Ce monde a failli exister aux Etats-Unis où un sénateur de l’Iowa, Mark Chelgren, a voulu faire passer une motion l’autorisant.

Selon cette motion, les performances des professeurs seraient exclusivement évaluées par les étudiants et les professeurs qui obtiendraient les moins bons résultats seraient automatiquement licenciés. Avouez, qu’étudiants, vous en avez rêvé… Virer ce professeur incompétent qui vous faisait perdre votre temps. Mais l’auriez-vous effectivement fait si vous en aviez eu la possibilité ?

Les arguments du Sénateur Chelgren sont les suivants : beaucoup d’étudiants s’endettent pour pouvoir aller à l’université et n’obtiennent pas toujours un enseignement de qualité en retour, ce qui est inacceptable car les étudiants sont les premiers clients des universités.

Mais peut-on appliquer les règles des affaires à l’enseignement ? Sur quels critères évaluer les performances et compétences de ses professeurs ? Philip Stark, responsable du département de statistiques à l’université de Berkeley, a en effet montré les limites des évaluations réalisées par les élèves.

Selon lui, seule la moitié des élèves remplit effectivement ces évaluations : les plus contents et les plus mécontents, ce qui a tendance à polariser les résultats et à ne pas refléter la moyenne des avis dans la classe.

Par ailleurs, Michele Pellizzari, professeure d’économie à l’université de Genève, a montré que les professeurs qui obtiennent les meilleurs résultats – ou pour l’exprimer autrement dont les élèves ont les meilleures notes – sont souvent ceux qui sont le moins bien évalués. Selon cette étude, les élèves n’apprécieraient pas les professeurs qui les feraient travailler (mais cette tendance ne s’observerait pas lorsque la classe se composerait exclusivement de très bons élèves).

Mais au-delà de l’efficience des évaluations des professeurs par les étudiants, on peut se poser la question de la pertinence de considérer les étudiants comme les clients des universités. Même si l’enseignement doit être revu – selon moi dans une direction où l’on cesse d’inculquer des savoirs académiques aux élèves pour leur apprendre plutôt à développer leurs capacités critiques et leurs capacités de réflexion – peut-on considérer l’éducation de nos étudiants comme un simple service payant ?

Les professeurs et les élèves d’aujourd’hui – comme les managers et les collaborateurs d’aujourd’hui – construisent le monde de demain. Plutôt que d’être dans un rapport de force où les uns pourraient licencier les autres et vice versa ne pourrions-nous pas plutôt mettre en place de nouvelles formes de dialogue où justement les capacités critiques et de réflexion des uns et des autres seraient utilisées pour créer un monde meilleur ?

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