Oxalis ou les salariés sans patron

« Faire vivre une entreprise (…) où il est possible d’être pleinement acteur, responsable, créatif, (…) où l’on invente des modes d’organisation adaptés à nos valeurs, et de favoriser la création de liens car chacun recèle une richesse pour l’autre et peut apporter de l’aide dans la réciprocité » : voilà un objectif qui résonne très fortement avec les « communautés de travail inspirées » décrites par Frédéric Laloux dans son livre Reinventing Organizations.

Ce mot d’ordre, c’est celui d’Oxalis, une coopérative d’activité née au milieu des années 80 de l’envie partagée par quelques amis d’inventer de nouveaux rapports au travail. Tous s’interrogent sur comment incarner leurs valeurs d’engagement, et décident de les vivre dans l’économie et le travail. A l’époque, on ne parlait pas encore d’entrepreneuriat social, mais plutôt d’ « alternatives ». De cette envie de construire de nouveaux rapports au travail privilégiant la coopération, l’épanouissement de la personne et le respect de l’environnement, nait une association puis une SCOP multi-activités en Savoie.

être acteur de transformation sociale

Source : oxalis-scop.fr

Regroupant aujourd’hui près de 200 personnes dans toute la France, Oxalis est considérée comme l’un des précurseurs et des « inventeurs » de cette innovation sociale dénommée « coopérative d’emploi et d’activité », une forme tout à fait originale au sein de laquelle chaque salarié est entrepreneur sans être isolé, car relié au collectif. Tous les métiers y sont bienvenus : les sociétaires peuvent être aussi bien jardiniers qu’artistes ou consultants. La démarche “est de mettre l’économie au service de la personne et non l’inverse afin que chacun puisse être pleinement acteur de sa vie professionnelle” et d’accompagner le faire-ensemble.

Pas de hiérarchie dans cette structure ; l’entreprise cherche à favoriser la participation du plus grand nombre aux processus de décision. Cette absence de liens de subordination demande d’inventer des méthodes ; de fait, la bonne volonté ne suffit pas. Elle nécessite aussi de prendre soin du temps de régulation : de parler de ce que l’on ressent, de comment on vit les choses, de comment chacun vit dans le groupe. Béatrice Poncin, cofondatrice et ancienne gérante d’Oxalis, insiste sur le fait que la coopération repose d’abord la relation à soi, idée qui donne au concept de « bien-être au travail » tout son poids et sa nécessité.

Dans ce modèle reposant sur la responsabilité et la confiance de chacun, la circulation d’une information digeste et véritable est cruciale. Un temps, Oxalis possédait son journal interne mensuel dans lequel était raconté tout ce qui s’y passait au sein de l’organisation, y compris les difficultés et le ressenti émotionnel.

La prise de décision collective passe par un temps d’information et de formation ; elle ne se fait pas par vote (trop binaire et inducteur de rapports de force) mais avec des cartons de couleur signifiant « je suis en phase », « j’ai besoin d’éclaircissements », « j’ai un apport complémentaire à faire », etc., jusqu’à ce que la discussion aboutisse à un consensus.

processus de prise de décision

Sur cette question de la prise de décision en autogouvernance, jetez un œil au chapitre 2.3 de Reinventing Organizations, dans lequel Frédéric Laloux décrit un autre mode de prise de décision, permettant de s’appuyer sur l’intelligence collective dans une grande entreprise : la sollicitation d’avis. Bonne lecture !

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