La difficile percée de l’entrepreneuriat social en Thaïlande (tour du monde de l’entrepreneuriat social avec Family First)

Alexandre, ClaraElisabeth et Pauline, 4 jeunes étudiants d’HEC passionnés d’entrepreneuriat social forment l’association Family First et font actuellement le tour du monde de l’entrepreneuriat social. Voici le post qu’ils viennent de nous envoyer de Thaïlande.

Seconde économie de l’Asie du Sud-est, hub régional où les télécommunications se développent à un rythme accéléré, pays où le coût de la vie est particulièrement faible, la Thaïlande a tout pour séduire entrepreneurs et investisseurs. Pourtant, si l’entrepreneuriat est en plein boum, l’économie sociale et solidaire émerge à son rythme. C’est ce que nous avons découvert.

Aujourd’hui, l’entrepreneuriat se développe très rapidement à Bangkok. C’est ce que nous explique Bart Medici, fondateur de Bangkok Entrepreneurs, un réseau dédié aux entrepreneurs : « Quand on s’est lancés en 2012, il n’y avait pas grand-chose. Depuis c’est l’explosion : espaces de coworking, incubateurs et accélérateurs… Ici tout évolue très rapidement et positivement pour ceux qui veulent créer leur entreprise, et les investisseurs étrangers commencent à s’intéresser au pays. » L’entrepreneuriat attire de plus en plus les Thaïlandais ainsi que les étrangers, et de nombreux acteurs sont aujourd’hui à l’œuvre pour faciliter la vie des créateurs d’entreprises.

Si l’on se penche plus précisément sur la situation des entrepreneurs sociaux, ils profitent eux aussi d’un environnement en pleine ébullition. Le lieu le plus emblématique est probablement Ma:D, « Hub for change“ où se retrouvent tous les porteurs de projets sociaux. Sur la porte d’entrée, un panneau plante le décor : No matter who you are or what you are doing. Believe it! You can make a change to our society. Just come to us and we will work together to change the world.

Preekamol, la fondatrice, nous explique que sa vocation est d’accompagner les entrepreneurs sociaux, en favorisant la collaboration, en organisant des évènements, ainsi qu’en mettant en place un programme d’accélération dédié. La tâche est d’ampleur. Beaucoup de porteurs de projets manquent de professionnalisme et de compétences économiques. En effet, une partie d’entre eux seulement consacrent 100% de leur temps à leurs projets ; par ailleurs, les projets d’entreprises sociales ont souvent du mal à sortir du modèle associatif.

C’est ce que nous a confirmé Chutika Udomsinn, fondatrice de Good Factory qui accompagne et conseille des projets sociaux liés à la technologie : Le monde de l’entrepreneuriat est très cloisonné, on ne rencontre pas d’entrepreneurs « classiques ». Certains les méprisent même et les considèrent comme cupides. Pourtant, en les fréquentant davantage, on gagnerait en professionnalisme, en vision et en compétences, c’est dommage.

Chatchai, fondateur de KlongDinsor, une entreprise ayant pour objectif de favoriser l’insertion des personnes handicapées via la formation, l’accès à l’emploi et la sensibilisation, nous confirme le problème. Voici ce qu’il nous explique : « Je ne me présente jamais comme un « entrepreneur social », et je cherche à éviter d’être catégorisé comme tel. En Thaïlande, on met un peu tout et n’importe quoi derrière ce terme, les gens ont des projets, se considèrent comme des entrepreneurs sociaux, mais dans les faits, ils n’ont pas de modèle viable. »

Le concept même d’entrepreneuriat social semble difficile à intégrer à la culture locale, le concept de charité est très profondément ancré et lorsque quelqu’un œuvre pour la société, il ne s’attend pas à recevoir une contrepartie financière.

De plus, 70% des Thaïlandais aujourd’hui sont endettés, en conséquence la majorité des entrepreneurs conservent un emploi à temps partiel pour ne pas risquer de perdre la sécurité d’un revenu régulier. C’est encore plus vrai chez les entrepreneurs sociaux.

De son côté, le gouvernement a lancé le TSEO (Thai Social Enterprise Office), qui a pour objectif d’homologuer et normalement d’accompagner les entrepreneurs et d’agir auprès du gouvernement, pour mettre en place une législation plus favorable pour le secteur. L’organisation a vu ses moyens augmentés mais manque encore de flexibilité et d’efficacité.

Cette situation nous est également décrite par Henri de Reboul, directeur de Phitrust Asia. « Souvent les entrepreneurs manquent d’ambition ou de fonds. Le risque est de rester dans l’artisanat local. La bonne nouvelle est que des universités et des acteurs privés (particuliers et entreprises importantes) s’impliquent de plus en plus dans le financement et l’accompagnement des entreprises sociales viables. »

Les entrepreneurs sociaux ont donc encore de nombreux défis à relever et plusieurs facteurs freinent aujourd’hui le développement du secteur. Néanmoins, l’écosystème se renforce peu à peu. Des étrangers lancent aussi de belles entreprises sociales. Des réussites voient le jour ce qui va attirer des investisseurs étrangers. Le secteur va décoller mais il faut être patient…

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