GROUPE SOS : écouter les signaux faibles pour innover constamment

02Les auteurs de l’ouvrage L’Expérience, le nouveau moteur de l’entreprise, Christophe Rebours et Inès Pauly, se sont intéressés à des multinationales, mais aussi à l’Économie Sociale et Solidaire française. Nous sous-estimons souvent l’importance de ce secteur, qui représente pourtant 10 % de notre PIB et une croissance supérieure à 20 %.

Le GROUPE SOS en est un des acteurs clés, avec un chiffre d’affaires de 700 millions d’euros et 14 000 salariés. Son fondateur et président, Jean-Marc Borello, explicite le facteur clé de succès de ce « laboratoire vivant de l’entreprenariat social » : l’innovation. « Le GROUPE SOS a une conscience très développée de la nécessité d’innover pour ne pas disparaître, en partant de l’analyse des habitudes de ses usagers » explique-t-il. Les besoins des populations à accompagner changent constamment et pour rester pertinent, le GROUPE SOS se doit de constamment innover. Nous sommes souvent restés sur le cliché du Sans Domicile Fixe quinquagénaire et alcoolique. Or 11 % des personnes hébergées par des structures d’accueil d’urgence ont un CDI mais n’ont pas les moyens de se loger et 12 à 15 % sont des jeunes de 25 ans.

Pour suivre ces évolutions constantes, Jean-Marc Borello a fait un choix audacieux, avancer sans stratégie ni vision mais privilégier l’écoute des signaux faibles :

« Le GROUPE SOS n’a jamais eu ni stratégie, ni vision, qui risquent de nous contraindre. La seule étoile qui nous guide, c’est l’écoute des signaux faibles : nous serons alors les premiers à y répondre. Cette capacité à appréhender les mutations à l’œuvre nous a permis de comprendre, sans doute avant les autres, que les ressources publiques sont comme l’eau : une ressource rare. L’hybridation des revenus est donc devenue un sujet majeur. Il fallait aller chercher nos sources de financements ailleurs, monter des associations avec de grands groupes privés, jusqu’à imaginer des filiales communes. Aujourd’hui, le monde de la finance se dispute pour investir chez nous. Nous préparons de la sorte, en permanence, notre développement vers des secteurs complètement nouveaux pour nous.

Cela nécessite souvent de sortir des frontières ; il est dangereux de rester au chaud dans l’hexagone. Le GROUPE SOS menait déjà une activité classique dans les pays en développement ; désormais, nous nous développons aussi dans la Silicon Valley ou à Hong Kong. Parce que ce qui se passe aujourd’hui en Amérique, en Afrique, en Asie et dans les pays émergents infusera demain dans le GROUPE SOS et transformera notre modèle. Nous anticipons en permanence des modèles nouveaux à moyen et long terme par une curiosité permanente sur les initiatives dans le monde. »

S’affranchir de toute stratégie ou vision n’est pas forcément recommandable, il faut se doter a minima d’une raison d’être pour que l’organisation fonctionne. En revanche, il est vrai que les visions de type « Innovation 2020 » deviennent parfois rapidement obsolètes. En outre, se focaliser sur cette vision peut nous empêcher de repérer des signaux faibles dans le bruit environnant. Ce sont probablement la curiosité et l’observation de ce qui se passe en dehors de son organisation, de son secteur et de sa zone géographique qui peuvent aider le plus à innover.

Retrouvez les temps forts de l’entretien de Jean-Marc Borello ici.

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