Innover : le saut dans l’inconnu

saut inconnuL’art de l’improvisation en jazz se prête souvent à des parallèles avec l’entrepreneuriat et le processus d’innovation. Frank J. Barrett y a consacré sa thèse de recherche en sciences de l’organisation. Pianiste de jazz et professeur en management, il a constamment poursuivi ce parallèle entre les deux disciplines et l’a partagé dans son ouvrage Jazz & Leadership. Il rejoint beaucoup d’experts du processus d’innovation, qui montrent que l’innovation se produit généralement à la marge, à la lisière de notre domaine d’expertise, lorsque nous osons prendre des risques.

Mais il met aussi l’accent sur les émotions que vivent le musicien et l’innovateur, ce mélange de peur et d’excitation qu’ils ressentent au moment de se lancer :

 « Le saxophoniste Steve Lacy parlait de jazz lorsqu’il décrivait l’excitation et le danger inhérents à l’improvisation, mais il aurait tout aussi bien pu faire référence à la fièvre entrepreneuriale, lorsqu’on s’aventure dans de nouvelles activités et sur de nouveaux territoires : « Il y a une certaine fraîcheur, une qualité particulière que l’on ne peut obtenir que par l’improvisation… C’est quelque chose que l’on fait “à la lisière” ; être toujours au bord de l’inconnu et être prêt pour le grand saut. Quand vous y allez, vous avez toutes vos années de préparation, toute votre sensibilité et tous les moyens nécessaires, mais c’est un saut dans l’inconnu[1]. »

jazz-leadershipÊtre « au bord de l’inconnu », au « bord », et faire le grand saut : voilà une expérience à la fois exaltante et terrifiante que connaissent bien tous ceux qui prennent le risque d’innover.

Dans un entretien datant de 2007, le regretté Steve Jobs parlait du risque induit par l’innovation en des termes qui seraient entrés en résonance pour des musiciens de jazz. Évoquant son défi du moment chez Apple, il disait : « Il y a beaucoup de choses qui sont risquées en ce moment. Si l’on pouvait voir de l’autre côté et dire “oui, ça va être énorme”… Mais il y a une période à risques, car personne n’a encore jamais fait cela. » Il est intéressant de voir que ce que Jobs a exprimé, c’est ce dilemme auquel sont confrontés les musiciens d’improvisation en jazz. Vous regardez ce qui pourrait arriver et vous savez qu’il y a un risque, mais à un moment, vous devez y aller… Et, comme le disait Steve Jobs avec son inimitable enthousiasme, « ça va être énorme ». Au cours de la même interview, quand on lui a demandé s’il pouvait donner un exemple de produit supposant une telle prise de risque, il a soigneusement évité de dévoiler ce qu’il avait à l’esprit, car il était précisément dans cette phase-là.

Nous savons aujourd’hui que Jobs faisait référence au développement de l’iPad, mais à ce moment-là, il n’avait aucune garantie de succès, aucun moyen de savoir si ce serait un « énorme » succès commercial ou un flop, comme l’avait été l’Apple Newton quelques années auparavant. Jobs faisait ce que font continuellement les musiciens de jazz : vivre et jouer dans l’inconnu et savourer chaque instant. »

 « Vivre et jouer dans l’inconnu et savourer chaque instant », voilà qui pourrait constituer un beau programme de vie ! Quel est l’inconnu pour vous ? Quel premier petit pas pouvez-vous réaliser pour vous en approcher, pour oser aller vers ces marges ? La peur et l’excitation pourraient être le signe que vous avancez dans la bonne direction !

[1] D. Bailey, Improvisation, Da Capo Press, New York, 1992, p. 57.

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