L’épigénétique nous incite à repenser nos organisations

Dans son ouvrage La Nouvelle organisation apprenante, Laurent Habart montre comment nos organisations gagnent à s’inspirer de la biologie et plus particulièrement de l’épigénétique. L’épigénétique étudie l’impact de l’environnement sur notre génome : un environnement spécifique aura tendance à activer ou éteindre tel ou tel gène. Laurent Habart nous invite à nous poser la question de l’influence de nos organisations de travail sur nos capacités cognitives, nos comportements et nos facultés d’apprentissage. Dans la suite de son ouvrage, il nous donne des clés, huit dimensions, pour tirer parti de l’épigénétique et faire évoluer son organisation vers une organisation apprenante :

« Dans les eaux des lacs d’altitude mexicains vit un joli amphibien de couleur brun bleuté tirant parfois sur le bronze : l’axolotl, dont le nom aztèque fait référence à Xolotl, dieu du vent et frère jumeau de Quetzalcóatl, le serpent à plumes. Muni d’une queue puissante en guise de nageoire et de petites pattes asymétriques, il est aussi doté de poumons et d’une peau qui lui permet de respirer.

Un beau jour de l’année 1863, plusieurs de ces spécimens franchissent l’océan et arrivent au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Le zoologiste Auguste Duméril, créateur du vivarium, s’en émerveille et suit leur évolution avec curiosité. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il se rend compte que certaines des larves qui viennent d’éclore se métamorphosent en salamandres ! Placées dans une eau plus chaude et plus rare que leur milieu initial, ces larves axolotls perdent leurs branchies et leur propension aquatique pour s’adapter à la vie terrestre. Le zoologiste en déduit que l’axolotl avait jusque-là vécu et s’était reproduit à l’état larvaire, phénomène qualifié quelques années plus tard de néoténie et repris récemment par le philosophe Dany-Robert Dufour qui voit en l’homme comme en l’axolotl des êtres fondamentalement inachevés[1]. En changeant de milieu, l’axolotl devient adulte, et en devenant adulte, il change de nature.

L’influence de l’environnement

Cette influence transformative du milieu est à la base d’une des toutes dernières révolutions de la biologie : l’épigénétique. Selon ces travaux, l’environnement permet d’activer ou de mettre en veille certaines parties de notre génome et cette faculté se transmet de génération en génération. Ainsi, un œuf de tortue donnera un mâle ou une femelle selon la température à laquelle il est exposé et une larve d’abeille donnera une reine ou une ouvrière selon la nourriture qu’elle reçoit. Mais il y a plus encore : « Les changements épigénétiques […] modifient également les capacités d’apprentissage et de mémorisation du cerveau, et, de manière plus générale, les comportements. Si vous prenez deux organismes qui ont un cerveau structuré par les mêmes gènes et que vous les placez dans des environnements différents, ils s’expriment différemment, générant des organismes aux comportements dissemblables[2]. »

Ce qui est vrai au niveau génétique l’est tout autant au niveau psychologique ou culturel : l’environnement a un impact direct sur les croyances et les comportements des hommes et des femmes qui y vivent – les travaux sur « l’influence sociale » ne manquent pas, on aura l’occasion de les évoquer dans ces pages. C’est ainsi qu’une même activité dans deux environnements différents pourra par exemple donner naissance à deux types d’apprentissages différents voire d’un côté à de l’apprentissage, de l’autre à une absence d’enseignement. »

Si vous prenez du du recul sur votre organisation, et que vous l’étudiez à la façon d’un biologiste, avez-vous le sentiment qu’elle favorise l’apprentissage ? Que pourriez-vous mettre en place pour qu’elle le favorise davantage ? Comment pouvez-vous favoriser l’envie d’apprendre, d’explorer, d’observer chez vos collaborateurs ? Quelles pratiques comme le mentorat, le co-développement, les communautés de pratiques ou encore le tutorat pouvez-vous expérimenter pour y parvenir ?

[1]D.-R. Dufour, Lettres sur la nature humaine à l’usage des survivants, Calmann-Lévy, 1999.

[2]P. Servigné, G. Chapelle, L’Entraide : L’autre loi de la jungle, Les liens qui libèrent, 2017.

 

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