Innovation et porosité des frontières

Agnès Zevaco montre tout au long de son ouvrage Voyage au centre de la Tech, combien la science-fiction inspire entrepreneurs et innovateurs. Les auteurs de science-fiction ont une étonnante capacité à s’abstraire des lois fondamentales, à en créer d’autres, et avec elles autant de nouveaux univers. En 1959, Isaac Asimov a ainsi collaboré avec des scientifiques de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) sur un projet de défense balistique antimissiles. Sa créativité hors norme les a aidés à sortir du cadre. De fait, la science-fiction se soucie peu des frontières et pourrait ainsi nous aider à innover, comme le suggère Agnès Zevaco :

« Il est intéressant de constater que toutes les frontières ontologiques construites depuis toujours par les humains (réel/virtuel, naturel/ artificiel, humain/non humain) sont tenues pour non acquises par la science-fiction. Les thèmes des dernières éditions des Utopiales, l’un des plus importants festivals de science-fiction au monde, sont édifiants : explorer les frontières imprécises de la réalité, en 2015 ; s’aventurer dans les lendemains de la machine, en 2016 ; sonder un temps multiple, en 2017 ; interroger les limites du corps, en 2018. La figure du cyborg, par exemple, peut prendre mille visages et inspire de très nombreuses œuvres de science-fiction. L’homme bionique, aux pouvoirs supérieurs à ceux que nous concède la physiologie, interpelle et fascine.

(…) La porosité, le flou des frontières s’exerce également entre la recherche et l’industrie, celle-ci finançant de plus en plus celle-là. De nombreux scientifiques, par ailleurs, quittent les labos pour créer leur start-up. « La tendance est mondiale en génétique, en physique, en mathématiques ou encore en chimie. Une génération de jeunes scientifiques préfère l’aventure des start-up à la vie de laboratoire ou des centres de recherche[1]. »

Des univers autrefois peu miscibles se rapprochent. Acteurs économiques et musées nouent des partenariats. Serges Lasvignes, par exemple, président de Beaubourg, veut se saisir de cette opportunité et introduire la culture dans les lieux de consommation. « Les centres commerciaux s’essoufflent, alors ils s’ouvrent à l’art, aux expositions, comme au Forum des Halles. Altarea, Cogedim, Gares & Connexions, Europacity s’intéressent à cette tendance de fond[2]. » Dans le même esprit, de grandes entreprises puisent une inspiration nouvelle dans des structures éloignées d’elles, le Cirque du soleil par exemple[3]Même les biens de consommation, autrefois tangibles, perdent leurs contours. Avec Netflix, Spotify, Velib’, Autolib’, il ne reste rien des films et des disques, du vélo ou de la voiture utilisés lorsque l’abonnement se termine.

La conscience de l’incertitude grandissante dans laquelle nous sommes désormais plongés va bien au-delà d’un simple concept ou d’un outil intellectuel commode. Elle s’inscrit dans notre intimité, au cœur de notre être, et nous renvoie à notre existence même. Elle peut générer de l’angoisse mais aussi le sens du possible. Et cela est particulièrement avéré pour les individus créatifs. »

Et vous, dans votre domaine, quelles sont les frontières que vous pouvez faire tomber ? Avec quel autre domaine inattendu pourriez-vous imaginer de vous rapprocher ? Quels nouveaux produits, usages, services pourriez-vous ainsi créer pour encore améliorer le quotidien de vos clients ?

[1]« Ces chercheurs qui inventent demain », Le Monde, 25 octobre 2017.

[2]Martine Robert, « Les grands chantiers du Centre Pompidou », Les Echos, 12 septembre 2017.

[3]Source : Thomas Paris et David Massé, « Former pour entretenir et développer la créativité dans l’entreprise : Les leçons du Cirque du Soleil », Gestion, vol. XXXVIII, no 3, 2013, p. 6-15.

 

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