L’intelligence ne suffit plus, et cela devrait nous rassurer !

L’intelligence humaine paraît souvent bien limitée face aux prouesses de l’Intelligence Artificielle. Et la perception des limites de notre mémoire de travail, de nos biais cognitifs, de nos erreurs de jugement génère parfois une appréhension face à un avenir proche : quels métiers, quels rôles pourrons-nous exercer face à une IA que nous percevons comme toute puissante ?

Dans leur ouvrage Donner du sens à l’intelligencePrasad Kaipa et Navi Radjou nous ouvrent des perspectives intéressantes et rassurantes. Certes, dans de nombreux domaines, les machines sont plus intelligentes que nous et apprennent plus vite que nous. Mais les enjeux sont désormais ailleurs que dans la puissance de calcul. Pour les auteurs, les leaders n’ont pas besoin de plus d’intelligence mais de plus de sagesse :

« Il ne suffit plus aux leaders d’utiliser leur seule intelligence. Ils doivent également faire preuve de sagesse, afin de naviguer et de diriger leurs organisations dans les turbulences que l’avenir semble vouloir leur réserver.

Maints dirigeants d’entreprise apprécient déjà intuitivement la valeur de la sagesse. Or, à quelques – certes remarquables – exceptions près (nous pensons ici à Warren Buffett, Emmanuel Faber, Bill Gates, Véronique Laury, Indra Nooyi, Paul Polman, et Ratan Tata), aucun ne parvient encore à appliquer réellement la sagesse à l’environnement des affaires. D’autres encore considèrent la sagesse comme un principe certes noble, mais trop difficile à intégrer au monde de l’entreprise. Enfin, d’autres entendent parler de la sagesse dans un contexte spirituel – à la messe le dimanche – mais éprouvent des difficultés à appliquer cette sagesse spirituelle au travail le lundi matin.

La sagesse est une vertu qui existe depuis des temps immémoriaux mais n’en est pas moins adaptée à notre époque. Or, l’Occident ne s’est que peu soucié, à ce jour, d’articuler sagesse et monde du travail, sans parler de donner aux dirigeants d’entreprise les outils concrets qui leur permettraient de mettre en pratique, de manière systématique, la sagesse dans leurs tâches quotidiennes. »

La sagesse peut nous sembler déconnectée de la vie professionnelle. Or, Prasad Kaipa et Navi Radjou nous montrent qu’il existe une forme de « sagesse pratique »qui permet d’articuler « intelligence, lucidité éthique et dévouement pour le bien commun » :

« La sagesse est associée, dans l’imaginaire collectif, à la spiritualité et à la religion, ainsi qu’à des concepts abstraits tels que la vérité, le savoir, la beauté et la voie à suivre. Qui emprunte la voie de la sagesse pure se fait philosophe, gourou ou moine : il pratique la sagesse hors du monde, dans un état de contemplation. Serait-ce à dire que la sagesse est réservée aux sages et aux chefs spirituel? Non ! Bien au contraire, la sagesse appartient à tous. Nous portons tous, dès notre naissance, les germes de la sagesse en nous. Le problème, c’est que nous ne les cultivons ni ne les nourrissons, trop occupés que nous sommes à faire fleurir notre intelligence – l’acquisition et l’utilisation de nouvelles connaissances pour notre seul intérêt personnel. Dans le contexte de l’entreprise, les leaders éclairés sont ceux qui agissent pour le bien commun (nul besoin d’être chef d’entreprise ou grande figure politique pour cela). Ce type de sagesse est plus pragmatique par nature, quelles que soient ses racines. C’est pourquoi nous la dénommons « sagesse pratique ».

Nous avons perdu l’habitude d’exercer notre sagesse pratique dans l’environnement de travail au profit de formes d’intelligence davantage tournées vers l’action. Mais nous pouvons la cultiver et la développer en travaillant ces six domaines de compétences :

  • Le regard : ce qui influe sur la vision du monde d’un dirigeant et la façonne.
  • Le comportement : pourquoi un leader agit – ou s’abstient d’agir.
  • La virtuosité : comment un dirigeant choisit son rôle et à quel point il s’y identifie.
  • La logique décisionnelle : les paramètres qui gouvernent les décisions d’un leader.
  • La détermination : comment un leader choisit s’il doit persévérer ou en rester là.
  • La motivation : ce qui inspire et motive les actes et les décisions d’un dirigeant

Muscler ces six compétences et développer ainsi notre sagesse pratique nous permettra de trouver notre place et de continuer à créer de la valeur face à l’Intelligence Artificielle.

 

 

 

 

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