Maquetter pour convaincre : l’Arche de la Défense

Dans leur ouvrage« Maquetter : ces entreprises qui innovent avec les mains », les auteurs, Nicolas Minvielle, Martin Lauquin et Olivier Wathelet, distinguent 6 usages différents pour les maquettes : elles peuvent nous aider à créer, à comprendre, à expérimenter, à débattre, à choisir et à convaincre. Nous avons vu dans un récent article qu’elles pouvaient être un outil de créativité, elles sont aussi un moyen d’aide à la prise de décision. La maquette donne à voir le savoir-faire du concepteur, les gains de performance et / ou d’ergonomie attendue, l’étendue des fonctionnalités, etc. Les auteurs s’appuient sur un exemple qui parlera plus particulièrement à ceux qui travaillent dans le quartier de la Défense : comment convaincre le président de la République d’alors, François Mitterrand, que ce que nous connaissons aujourd’hui comme l’Arche de la Défense ressemblerait à « un cube de vide dans un cube de marbre » ?

« Après qu’un architecte danois a gagné le concours de Tête Défense en proposant Le Cube, que tout le monde connaît depuis lors sous le nom d’« Arche de la Défense », François Mitterrand était dubitatif sur la taille du monument. N’allait-il pas être trop massif au regard de l’Arc-de-Triomphe ? Qu’en verrait-t-on depuis les Champs-Élysées ? Ce type de question est complexe à résoudre. L’usage d’une représentation 2D ou d’une maquette de taille réduite ne suffisait pas pour convaincre le président de la République.

Qu’à cela ne tienne, Johann Otto von Spreckelsen, l’architecte en charge du projet, proposa de réaliser une maquette à la taille réelle.

À la suite d’un tour de force, il réalisa une maquette du toit du bâtiment, qui fut suspendue par deux immenses grues à la hauteur de 110 mètres. Au milieu d’un après-midi du mois d’août, des Parisiens étonnés ont ainsi pu voir le président de la République juger sur pièces le pseudo-toit. Scène déjà surréaliste en soi, elle le devint encore plus lorsque l’architecte lui expliqua qu’avec la lumière du matin ce toit ne serait plus bleu, mais de couleur rose. Souhaitant voir cela, la maquette (pesant la bagatelle de dix tonnes) fut descendue pour la journée et remontée le lendemain matin au lever du soleil. Convaincu, le Président donna alors son aval à l’avancée du projet.

Ce désir de voir au plus près de la réalité n’était pas une première en France puisque, déjà en 1810, sous les ordres de Napoléon, une maquette de l’Arc-de-Triomphe avait été construite en grandeur réelle en 20 jours et y resta un été pour emporter l’adhésion. Ainsi, pour convaincre de la justesse d’un choix aussi engageant que la réalisation d’une œuvre supposée témoigner de
 la grandeur d’un dirigeant, les échelles deviennent stratégiques. En réalité, plus que la démesure de ces installations temporaires, le point important est qu’il s’agit dans ce cas de donner l’image la plus exacte possible de ce que sera la réalité. »

Vous menez probablement des projets pour lesquels vous avez besoin de convaincre votre manager, un autre département, un comité de validation ou encore des clients potentiels. Pouvez-vous maquetter ce que sera votre produit ou service afin de remporter plus facilement l’adhésion de vos interlocuteurs ? Aurez-vous besoin d’une maquette aussi fidèle que possible à la réalité ? Pouvez-vous vous contenter d’une maquette « quick and dirty », hâtivement bricolée avec les moyens de bord ? Réfléchissez avec vos équipes comment vous pourriez aider vos interlocuteurs à se représenter l’aboutissement de votre projet et ainsi les convaincre plus facilement.

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