Libérer l’agriculture, l’éducation et l’entreprise !

Des ouvrages comme « Reinventing Organizations » de Frédéric Laloux ou encore « Nous réinventons notre entreprise » de Michel Sarrat, ont contribué à faire connaître le concept d’entreprises libérées et à en partager des réalisations fructueuses. Ces ouvrages sont représentatifs d’un mouvement de fond : une volonté d’organiser le travail différemment et de privilégier l’autonomie. Certes, toutes les organisations ne cherchent pas à adopter ce modèle, mais beaucoup d’entre elles prennent conscience des limites des systèmes pyramidaux et tendent par exemple à insuffler davantage de coopération au sein des équipes.

Louise Browaeys, dans son ouvrage « Accompagner le vivant » va bien plus loin. S’appuyant sur son expérience personnelle d’ingénieur agronome et de mère, elle a été frappée par les ponts que l’on peut établir entre l’agriculture, l’éducation et l’entreprise. Elle nous incite à les penser ensemble, sous l’angle de l’autonomie et de la coopération, et à renoncer à « plier à notre volonté nos enfants, nos voisins, nos collègues, le sol et la nature entière. »

Elle dresse ainsi ce parallèle :

« Prendre soin des jardins, élever des écoles, être auprès des hommes

Le paysan a été le premier à réinventer son métier, à faire son adieu aux armes, en se tournant vers les lois naturelles, des gelées printanières aux vols annonciateurs. Il dévoile les mondes. Il recueille les principes de la fécondité et de l’équilibre, il s’en inspire, il s’y associe. Il ne contrôle rien. Il est là pour la récolte, mais la récolte ne lui appartient pas. Humilité qu’il nous faut cultiver auprès de l’enfant, même si c’est une posture délicate et difficile, afin de découvrir sa nature ensevelie, de laisser s’exprimer ses pleines qualités et son humanité.

S’effacer, diminuer les obstacles à l’épanouissement de son intelligence sans se substituer aux forces vives, c’est laisser l’enfant apparaître, parfois illuminé par la joie et la concentration. Un enfant s’élève approximativement comme un pommier : avec humilité, patience et attention. Dans les deux cas, nous préparons la compréhension, l’indépendance et la paix plutôt que la méconnaissance, la lutte et la destruction. « Comme  en éducation, cultiver est rencontrer une chose autre et s’adresser à ce qui, en elle, est capable d’indépendance (tel est aujourd’hui l’enjeu de la permaculture)[1] », analyse Joëlle Zask. Nous saisissons enfin mieux la métamorphose qui se prépare dans certaines entreprises, qui ne sont plus perçues comme des machines fonctionnant avec des ressources (minières et humaines), mais comme des êtres vivants singuliers, agiles et complexes. Elles se cherchent dans un fonctionnement moins pyramidal, elles cultivent une attention forte aux signaux faibles (ceux de la bordure du champ), elles sont à l’écoute des émotions de chacun et capables, grâce à une étonnante intelligence que l’on pourrait qualifier de paysanne, de s’abandonner aux forces créatrices et évolutives de la vie. »

Ce parallèle audacieux s’avère particulièrement stimulant. Nous portons plusieurs casquettes de consommateurs, parents et collaborateurs ou managers ; comment pourrions-nous harmoniser nos actions quotidiennes de façon à favoriser l’autonomie et la coopération dans ces trois domaines à la fois ?

[1]Joëlle Zask, La Démocratie aux champs, La Découverte, 2016.

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