La réussite de la licorne Canva analysée par Guy Kawasaki

Lorsque vous lisez vos blogs, newsletters et influenceurs préférés, vous avez de grandes chances de voir des images travaillées avec l’outil de graphisme Canva. Peut-être même faites-vous partie des plus de 10 millions d’utilisateurs actifs chaque mois. Canva a contribué à rendre le graphisme accessible au plus grand nombre, par exemple pour mettre en forme des posts destinés aux réseaux sociaux ou des cv. Dans son ouvrage Wise Guy, Guy Kawasaki explique comment il a pris part à l’aventure Canva et quels sont, à ses yeux, les raisons d’un tel succès :

 

« La raison du succès de Canva

En mars 2014, Peg Fitzpatrick, la coauteur de The Art of Social Media[1], postait mes tweets. Elle utilisait un produit appelé Canva pour y ajouter des illustrations. L’équipe de Canva remarqua que j’utilisais leur produit et me contacta sur Twitter.

Je ne savais pas exactement ce que Peg utilisait pour mes tweets, et j’ai donc vérifié avec elle que c’était bien Canva. Je lui ai aussi demandé si je devrais aider cette boîte. Quelques semaines plus tard, Melanie Perkins et Cliff Obrecht, deux des trois cofondateurs de Canva, et Zach Kitschke, le  responsable marketing de l’entreprise, étaient aux États-Unis et nous nous sommes rencontrés chez moi. Je les ai trouvés formidables, et ce qu’ils essayaient de faire me plaisait : démocratiser le graphisme.

 Leur histoire tenait la route : Perkins était instructeur à l’université de Western Australia et avait remarqué qu’Illustrator et Photoshop étaient difficiles d’apprentissage et trop chers. Quelques semaines après notre rendez-vous, je devins l’évangéliste en chef de Canva.

En janvier 2018, Canva a trouvé un financement, valorisant ainsi l’entreprise à 1 milliard — ce qui est le seuil pour être une « licorne[2]». Aussi exaltant que ce soit, pareille valorisation n’est pas une garantie de succès et la valeur d’achat des stock-options n’est pas de l’argent réel. Mais il vaut mieux avoir des stock-options dans une licorne que de ne pas en avoir du tout.

Voici comment je suis devenu évangéliste en chef de Canva :

  • Il fallait que Fitzpatrick connaisse, utilise et aime Canva. À la suite de quoi, il fallait qu’elle utilise le produit sur mon compte Twitter et pas seulement sur le sien.
  • Il fallait que Perkins, Obrecht ou Kitschke me suivent sur Twitter et remarquent que j’utilisais leur produit.

Il fallait que l’un d’eux m’envoie un tweet.

  • Il fallait que je remarque ce tweet ; ce qui n’est pas si simple étant donné les centaines de personnes qui me mentionnaient dans leurs tweets à l’époque.
  • Il fallait que je réponde à leur tweet pour démarrer une conversation.
  • Il fallait qu’ils soient aux États-Unis peu de temps après — parce que je ne suis pas réputé pour ma capacité d’attention ni mon habileté à me souvenir des rencontres sur les réseaux sociaux.

Si on prend en compte tous ces paramètres, la probabilité pour que je rejoigne Canva était proche de zéro. En d’autres termes,  je suis devenu leur évangéliste en chef grâce à un énorme coup de chance et par un heureux hasard!

Canva devait alors passer du statut de start-up inconnue de Sydney en Australie à celui de licorne. La probabilité qu’une start-up devienne une licorne est pratiquement égale à zéro, mais le succès de Canva n’est pas dû à la chance.

 Voici donc les leçons importantes de cette histoire:

  • Perkins et Obrecht ont anticipé deux changements. D’abord, que le texte seul ne marche pas bien dans la plupart des formes de communication, et donc que plus de gens auraient besoin de créer des illustrations. Ensuite, que ces derniers n’auraient ni le temps d’apprendre à se servir de produits hauts de gamme complexes ni l’argent pour les acheter.
  • Canva n’a pas simplement pris une part de marché aux produits hauts de gamme ; il a gagné de nouveaux clients, des gens qui ne se seraient pas aventurés à faire des illustrations. Bref, Canva a agrandi le gâteau du design exactement comme Apple a agrandi celui du marché de l’ordinateur personnel.
  • Canva a cherché la perfection sans relâche. Je n’ai jamais travaillé dans une entreprise si obsédée par le désir de tout optimiser — qu’il s’agisse de la procédure d’accueil, de la sélection des modèles, du support technique, de l’accès en des dizaines de langues, d’une version adaptée aux smartphones ou de l’impression des designs. Je dis bien jamais — et pourtant j’ai travaillé pour quelques très bonnes entreprises. »

Si Guy Kawasaki a pris part presque par hasard à l’aventure Canva, il montre bien que la réussite de Canva, elle, ne doit rien au hasard. Un des trois facteurs clés de succès qu’il mentionne, ce qu’il appelle « agrandir le gâteau » est une piste d’inspiration pour les entrepreneurs : Il ne s’agit pas tant de s’épuiser à aller chercher des parts de marché qu’à agrandir un marché existant. Et vous, comment pouvez-vous agrandir votre gâteau ?

[1]Traduit en français sous le titre L’Art des médias sociaux(Diateino, 2015).

[2]La licorne, unicorn en anglais, est un animal légendaire. Depuis 2013, le terme est aussi le nom donné aux start-up valorisées à plus de 1 milliard de dollars. Cette appellation a été inventée par Aileen Lee, une capital-risqueur de la Silicon Valley, alors chez Kleiner Perkins Caufield & Byers, qui a depuis fondé Cowboy Ventures.

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