Portrait du Leader serviteur

L’expression de leader serviteur, traduction du servant leader, est assez fréquemment employée depuis quelques années. On pourrait croire à un effet de mode, mais en réalité, le concept date des années 70. Il est probable que la culture managériale de l’époque, plutôt directive et descendante, s’accommodait mal d’un leader se mettant au service des autres. Il connaît désormais une seconde vie et pourrait bien constituer une piste à explorer pour renouveler le management et raviver l’engagement des collaborateurs. C’est pourquoi Christine Dimajo Donati lui consacre le premier chapitre de son ouvrage  « Management à bout de souffle« , Diriger c’est servir :

«  En 1970 déjà, Robert K. Greenleaf parfait d’un « leadership serviteur » dans son essai The Servant as leader[1]. Son approche a bouleversé l’exercice habituel du leadership, qui, comme nous l’avons vu, était basé sur le charisme ou le pouvoir d’influence. Avec Greenleaf, le lead ne repose plus sur une posture de « sachant influent » à la limite de la manipulation pour entraîner tout le monde dans le sillage de sa volonté. Au contraire, il repose sur une posture d’humilité, fondée sur un véritable désir d’être « au service » :

  • De l’entreprise, car cette dernière n’est qu’un moyen pour réaliser une ambition, un projet, un produit ;
  • Des clients qui bénéficient de l’activité de l’entreprise, au service de ce monde ;
  • Des collaborateurs grâce auxquels l’aventure est possible, car la plus grande richesse de l’entreprise est bien son capital humain.

De fait, le leadership serviteur est un modèle qui consiste à :

  • Se concentrer sur la protection de ceux dont on a la responsabilité ;
  • Soutenir les collaborateurs qui rencontrent des difficultés ;
  • Encourager et valoriser tout ce qui fonctionne ;
  • Comprendre et amener à résoudre les sources de dysfonctionnement ;
  • Accompagner l’autonomie et la maîtrise des collaborateurs ;
  • Favoriser le retour d’informations et des idées ;
  • Instaurer la confiance et la sécurité;
  • Promouvoir l’esprit d’initiative ;
  • Créer un sentiment de communauté pour renforcer l’appartenance ;
  • Montrer l’exemple.

Cette intention de « vouloir servir » est un véritable changement de paradigme, dans le sens où il interpelle la représentation et la construction même du modèle managérial  traditionnel qui organise, distribue et contrôle le travail « en cascade ».

Le leader serviteur s’inscrit au contraire dans une vision du travail plus coopérative, plus transverse et beaucoup plus systémique, avec une vision d’entreprise globale (et plus en silos) et connectée en permanence à sa raison d’être. Cela nécessite un désir d’investissement au service d’une communauté, pour la soutenir, l’épauler, et surtout pour l’aider à développer des complémentarités qui l’amèneront à se dépasser. Il ne s’agit plus de coordonner le travail d’individus au sein d’un groupe pour atteindre un objectif défini à l’avance, mais de stimuler et coordonner les compétences et les personnalités pour qu’une alchimie singulière se forme et permette à chacun de se dépasser pour produire un résultat inespéré. Le rôle de ce type de leader est d’amener une équipe au-delà de ce que chacun de ses membres pouvait imaginer.

Pour passer d’un modèle de manager ancienne version à un leaders serviteur nouvelle formule, le travail de changement commencera par soi : « Suis-je la bonne personne pour accepter et incarner vraiment l’idée que diriger, c’est servir ? »

Nous le voyons, le modèle du leader serviteur est exigeant et nécessite un réel travail sur soi pour accepter ce changement radical de posture depuis l’expert vers celui qui sert les autres. Êtes-vous prêt à un tel changement ?

[1] Robert K. Greenleaf, The Servant as Leader, The Greenleaf Center for Servant Leadership, 2016. Publié pour la première fois en 1970.

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