« L’écoute est un sport de l’âme » : le cercle de parole

Dans son ouvrage « L’Odyssée des vivants », Louise Browaeys  a choisi le genre original de la fable managériale pour partager 6 veillées thématiques. La deuxième veillée, consacrée à la joie, résonne plus particulièrement avec notre confinement et la « distance sociale » à respecter. L’héroïne, Olivia, y partage sa découverte de cercles de parole dans le milieu associatif puis la conviction que les entreprises gagneraient à favoriser une parole et une écoute authentiques :

« Louis. Le cercle, c’est la forme souple du vivant, n’est-ce pas ? Celle de la canopée, de la cellule, de l’œuf, de l’œil qui observe. Celle de la danse, de la graine et du foyer.

Gustave. C’est celle de notre planète.

Olivia. Oui, c’est chez Volte que j’ai vu à l’œuvre la magie d’un groupe où chacun s’exprime, où tout le monde écoute. L’art de faire partie d’un tout, d’y cultiver à la fois son autonomie et son interdépendance. Je crois que c’est la découverte la plus importante de ma vie. J’existe, je suis liée à vous, mais je ne pèse pas sur vous, je vous accompagne comme je le peux. J’ai entrevu pour la première fois un monde où les relations entre les individus reposaient sur le cercle et non sur la pyramide. Quelle souplesse, quelle circulation, quel souffle ! J’ignorais alors que les cercles de parole avaient été un mode de gouvernance classique pendant toute l’histoire de l’humanité, notamment en Afrique du Sud et en Amérique où la Confédération iroquoise est la plus ancienne démocratie ininterrompue à ce jour. Cela existait aussi en Europe autrefois. Il me semble que c’est la frome de la dignité. L’herbe est verte dans le cercle. Elle pousse là où elle est respectée.

Louis. Le cercle repose sur un principe de vie simple : si je veux être écouté, je choisis d’écouter. Il est la frugalité même : on s’assoit en cercle et on fait avec ce qu’on a : une voix, des émotions, des ombres et des lumières, parfois un crayon et un papier. On se rencontre, on s’échange, on fait bouger ensemble les lignes. 

Claire. Plus précisément, on les courbe.

Julien. Dans le cercle, on est en cordée comme lorsque l’on grimpe. Souvent, on ne parle pas, mais on se sent et on le vit.

Olivia. (…) J’ai compris que mon rôle dans l’entreprise était de favoriser à mon tour un environnement favorable à l’émergence de groupes de parole, où chacun peut s’exprimer, se raconter, comprendre qu’il n’est pas seul à affronter telle ou telle injustice ou à essayer d’exprimer sa singularité. En vous parlant, je comprends que cela pourrait ressembler précisément à un jardin : un grand massif circulaire comme un mandala, avec des espèces variées, des plates à fleurs, des conifères et des hautes herbes – dont certaines ne poussent jamais vraiment, mais n’en sont pas moins splendides.

Julien. L’écoute est un sport de l’âme. »

Nous sommes distants mais pas isolés ! A l’aide des nouvelles technologies, comment pourriez-vous, à votre tour, créer et animer un cercle de parole ? Commencez par vos amis et proches, puis essayez-vous à vos collègues et collaborateurs. Notre environnement est plus silencieux, profitez-en pour le meubler d’une écoute et d’une parole vraies, surtout lorsque vous vous sentez hypnotisé par les réseaux sociaux ou les flux continus d’informations anxiogènes.

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